24 août > Essai France

Le verbe déménager a plusieurs sens. Quand on l’applique à l’esprit, cela implique que l’on va souvent très loin, c’est-à-dire au-delà du raisonnable. Il n’est pourtant pas question de folie dans cet essai élégant qui se place sous les auspices de Roger Caillois pour la fantaisie savante, mais d’un écrivain qui en pince pour un crabe pas comme les autres : le pagure. Autrement dit le bernard-l’ermite. "C’est sa quête sans cesse renouvelée d’un logement qui nous impressionne et nous inspire de la compassion, parce qu’une telle obsession entre parfaitement en résonance avec la nôtre."

Pour ce SDF du monde animal, Lucien d’Azay (A la recherche de Sunsiaré, Gallimard, 2005) a composé une ode en anglais qu’il a généreusement fait traduire. Cet amateur d’auteurs excentriques britanniques, qui partage sa vie entre Paris, Londres et Venise, y a ajouté des considérations scientifiques, beaucoup d’étymologies grecques et latines qui vont déplaire aux partisans de la réforme du collège, une référence à l’artiste japonaise Aki Inomata, qui s’est inspirée des pagures pour son travail, et des aphorismes comme celui-ci : "Ni tout à fait nomade, ni tout à fait sédentaire, le bernard-l’ermite passe la moitié de sa vie à tirer sa caravane et l’autre moitié à préparer son déménagement, mais il ne survit pas hors de son terroir."

Selon le principe des obliques de Caillois, Lucien d’Azay avance en crabe dans son sujet pour finir par en explorer tous les aspects, y compris les plus surprenants. De celui qui trouve un chez soi chez les autres, et dont la vie même en dépend, il a tiré une étude un peu précieuse mais très originale sur l’individu qui change de résidence, comme mû par un besoin de muer. En tout cas, on ne pourra pas reprocher à son livre d’être une coquille vide. L. L.

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