Essai

Hermann Hesse, «Le métier d'écrivain» (Rivages) : Un auteur au travail

Hermann Hesse ©Gret Widmann - Photo DR

Hermann Hesse, «Le métier d'écrivain» (Rivages) : Un auteur au travail

Dans une série de cinq textes inédits, Hermann Hesse raconte son métier d'écrivain. Tirage à 3000 exemplaires.

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Par Laurent Lemire
Créé le 08.05.2021 à 20h03

S'il n'y avait pas eu le rock'n'roll, le peace and love et le retour d'un certain kitsch, Hermann Hesse (1877-1962) serait peut-être aussi oublié que son prix Nobel de littérature en 1946. Et pourtant, l'auteur du Loup des steppes ne manque pas d'atouts si l'on aime une certaine forme de néoromantisme, de mystique et de passion. Voici cinq textes inédits, présentés et traduits par Nicolas Waquet, qui permettent de mieux comprendre son œuvre, mais pas seulement. Car ce que Hesse dit de sa création littéraire vaut pour nombre d'écrivains.

Il est donc question de langage, la matière première de l'écrivain, mais aussi de la dimension spirituelle de l'écriture, ce qui n'étonne pas de la part de ce romantique allemand devenu bouddhiste suisse. Il envisage d'ailleurs assez finement le romantisme non comme un mouvement, mais comme une force, un bout de rêve inachevé qui tire sa puissance même de cet inachèvement. Il n'est pas question ici de théorie, mais de pratique, d'où le titre : Le métier d'écrivain.

« Presque tous les textes en prose que j'ai écrits sont les biographies d'une âme. » Hesse exprime le récit qui monte, la parole qui enfle, silencieuse, sur la feuille de papier et pourtant sonore dans les têtes. Ces articles dévoilent un artisan à son établi. C'est cela avant tout un écrivain, un savoir-faire plus qu'un faire savoir. Il n'y a certes pas de recette, mais on ne peut s'écarter de quelques règles. Il peut ainsi rester trois heures sur une page - pour Flaubert, c'était trois heures sur une phrase - pour obtenir la tension voulue. Comme le violoniste, il tend la corde pour faire sortir le son idéal, celui qui va emporter le lecteur à la page suivante.

Hesse s'intéresse aussi au poids des mots comme « cœur ». Chacun a son idée sur ce qu'il signifie. L'écrivain y ajoute la sienne. C'est sa touche personnelle, sa façon de composer. « Il n'exprime pas sa colère en écumant de rage, non, il filtre, il construit, il étire, il pétrit une expression particulière, une nouvelle ironie, une nouvelle caricature, une nouvelle voie pour transmuer une chose désagréable et déplaisante en quelque chose d'agréable et beau. » L'écrivain qui s'exprime est perdu dans la foule de lui-même. Il tente de s'y retrouver par les mots. En les bricolant. En donnant à cette multiplicité un brin de cohérence, une forme qui lui ressemble.

Et les critiques ? Il les étrille gentiment dans un savoureux passage quasiment obligé sur les bons et les mauvais. En gros le bon, c'est celui qui vous aide à comprendre ce que vous écrivez, le mauvais c'est celui qui s'écoute écrire ce qu'il pense de vos livres. Nulle trace d'acrimonie dans le propos. Hesse n'est jamais dans le ressentiment. Il y a chez lui une indéniable sincérité à dire et à montrer comment cela se passe. Choisit-on un sujet ou est-on choisi par lui ? Celui qui affirme « écrire en poète » colle parfaitement à la formule d'Henri Michaux qui disait écrire pour se parcourir. On l'accompagne volontiers.

Hermann Hesse
Le métier d'écrivain Traduit de l'allemand par Nicolas Waquet
Rivages
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 6 € ; 96 p.
ISBN: 9782743653088

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