3 avril > Roman France

Quoique reconnue officiellement par la France en mars 1946, la République du Viêt Nam était censée demeurer au sein de la Fédération indochinoise de l’Union française, comme une espèce de dominion. Situation que ne pouvaient accepter les Vietnamiens et le Viêt-minh, menés par Hô Chi Minh. En 1949 éclate une guerre, laquelle allait aboutir à la défaite de la France et aux accords de Genève qui, en juin 1954, accordèrent leur indépendance à tous les pays de l’ancienne Asie du Sud-Est française. C’est ce contexte qu’a choisi Jérémie Guez pour son roman d’aventures Le dernier tigre rouge.

Guez s’attache à un bataillon de légionnaires, débarqués dès 1946 avec le général Leclerc, et qui resteront sur le terrain jusqu’au bout : ils feront la victoire de Phu Tong Hoa, en 1948, mais subiront les défaites de Cao Bang (1950) et de Diên Biên Phu en 1954, qui sonnera le glas de l’Indochine française. Pour eux, le pire restait à venir : 5 000 soldats seront faits prisonniers par le Viêt-minh, puis internés dans des camps jusqu’en septembre 1954.

Parmi ceux-ci, une petite équipe : Charles Bareuil, fils et petit-fils de soldats, étudiant communiste devenu, durant la Seconde Guerre mondiale, un tireur d’élite. A ses côtés, le Corse André Padovani, von Heigl, un ancien de la Wehrmacht, et Gordov, son ange gardien, un Russe, vétéran de Stalingrad.

Rapidement, Bareuil et ses amis vont se trouver au contact de l’ennemi, menant la "sale guerre" à quoi on les a conduits et préparés, d’abord en Annam, au sud de la péninsule vietnamienne, puis au nord, au Tonkin, jusqu’à Hanoi. C’est au cours de ces aventures que Bareuil rencontre Hoa, une jeune Vietnamienne cultivée et patriote, dont il va tomber amoureux. L’un sera-t-il prêt à embrasser la cause de l’autre ? Il croise aussi, au combat, un Occidental luttant parmi les autochtones, un certain Joseph Botvinnik, un snipper, Juif qui, parce qu’il a vu sa famille arrêtée par la police de Vichy et partir en déportation, a un compte à régler avec la France. Une lutte s’engage alors entre les deux soldats d’élite, sur fond de jungle luxuriante et de guérilla meurtrière. Auteur reconnu de polars, Jérémie Guez change ici de registre. Même si son Tigre rouge figure dans la collection "Grands détectives", il ressortit plutôt au roman d’aventures, aux films de guerre. Passionnant, bien documenté et sans manichéisme aucun.

Jean-Claude Perrier

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