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« Les feuilletons de la mythologie » : un phénomène de librairie qui perdure

Murielle Szac, autrice des Feuilletons de la mythologie chez Bayard Jeunesse - Photo Francesco Gattoni

« Les feuilletons de la mythologie » : un phénomène de librairie qui perdure

Carton des rayons jeunesse depuis le lancement en 2006 de leur premier opus Le feuilleton d’Hermès, Les feuilletons de la mythologie de Murielle Szac (Bayard Jeunesse) ont bâti leur succès sur une subtile combinaison d’exigence littéraire et de capacité à embarquer autour des grands mythes fondateurs. Le 5e tome de la série, Le feuilleton de Tsippora, paru fin mai, s’éloigne pour la première fois de la mythologie grecque pour explorer un autre grand texte fondateur, la Bible.

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Par Charles Knappek
Créé le 12.06.2023 à 16h01

Ce sont de gros livres denses aux illustrations symboliques qui parlent de dieux et de héros… ils ont pour protagonistes Hermès, Thésée, Ulysse, Artémis… et les enfants se les arrachent. Voilà plus de 15 ans que Les feuilletons de la mythologie, signés Murielle Szac, impriment leur marque dans les rayons jeunesse, jusqu’à devenir un phénomène de librairie. Les quatre premiers tomes cumulent 500 000 exemplaires vendus depuis la publication du Feuilleton d’Hermès, en 2006.

Le 5e opus, Le feuilleton de Tsippora, paru le 24 mai avec un premier tirage de 10 000 exemplaires, compte bien prendre le même chemin. Comme ses prédécesseurs, l’ouvrage s’articule autour des deux éléments clés qui assurent le succès de la série : une écriture séquencée en épisodes et un dispositif narratif propice à la lecture à voix haute. « Dès le début, j’ai pensé les feuilletons pour qu’ils puissent être lus en public, y compris à des enfants qui savent déjà lire, tel que les mythes étaient partagés à l’origine », confie Murielle Szac. Les illustrations, volontairement sobres et symboliques, sont quant à elles pensées pour laisser libre court à l’imagination du lecteur/auditeur.  

Si Murielle Szac souhaitait depuis longtemps mettre la mythologie grecque à la portée des enfants, c’est au mitan des années 2000 que l’occasion s’est réellement présentée. Avec son éditrice Marie-Agnès Gaudrat, directrice du pôle petite enfance de Bayard Jeunesse, elle s’accorde à l’époque autour de l’idée de condenser en un même ouvrage un maximum d’histoires, toutes reliées par un même fil narratif. Le pari est alors audacieux, et la proposition inédite dans son approche. « Quand j’étais enfant, la mythologie était abordée de manière éclatée dans quantité de livres, il était difficile d’en avoir une vision complète », se souvient Murielle Szac. Sous sa plume, et en rupture avec les contenus parcellaires jusqu’alors proposés, le lecteur accède à un tout et chemine aux côtés des personnages pendant 100 épisodes. L’intrigue est relancée à la fin de chaque séquence, suscitant chez l’enfant le désir de connaître la suite. « La mythologie est disparate, Murielle est parvenue à la fictionnaliser », résume Marie-Agnès Gaudrat.

Feuilletons Mythologie
Les feuilletons de la mythologie à la librairie Nouvelle et Cie, à Bois-Colombes- Photo CHARLES KNAPPEK

Hermès, Thésée, Ulysse et Tsippora 

Pour organiser la narration, Murielle Szac a aussi eu besoin de personnages conducteurs. Hermès, Thésée, Ulysse, Artémis et maintenant Tsippora sont chacun présents dans l’intégralité des épisodes et vivent les événements qui sont racontés… quitte à inventer un dispositif pour les faire voyager dans le temps et leur permettre d’assister à des événements où théoriquement ils n’étaient pas. En cela, Murielle Szac s’inscrit dans le droit fil des auteurs du passé. « Dans toute mythologie, il y a toujours une part d’invention, souligne-t-elle. Par exemple, Thésée est bien le cousin d’Héraclès, mais il n’a jamais assisté aux 12 travaux. Pour les besoins de l’histoire, j’ai trouvé le moyen de l’y transporter. »
Appréciée du corps enseignant, cette approche ouverte a largement contribué à faire entrer les feuilletons dans les écoles. Tout comme leur propension à l’oralité : pareils aux aèdes antiques, de nombreux professeurs ont pris l’initiative de les lire en classe et d’en faire un support pédagogique. Loin d’effrayer les enfants, la densité des histoires opère comme un instrument de séduction en ce qu’elle offre un temps long d’écoute et de partage.

De manière plus structurée, les feuilletons doivent aussi beaucoup à l’implication des acteurs de la médiation culturelle intervenant en réseaux d’éducation prioritaire. Serge Boimare, grand promoteur de la médiation culturelle en France, a justement préfacé les quatre premiers feuilletons, tous choisis comme supports pour les interventions en classe. Là encore, à l’école primaire comme au collège, les lectures développent l’écoute, la compréhension et le vocabulaire, resserrant les liens entre élèves tout en misant sur leur intelligence collective.

Sans ménager pour autant les enfants. Les feuilletons n’édulcorent ainsi en rien les mythes à la source desquels ils puisent. La violence y est omniprésente : on y tue, on y trahit. « Le propre de tous les grands textes fondamentaux est de nous questionner sur ce qui fait de nous des humains, résume Murielle Szac. Pourquoi la violence, pourquoi la vie, l’amour… ces textes sont d’incroyables surfaces de projection. » L’autrice s’est d’emblée refusée à « laisser les enfants sous cloche ». « Questionner la violence en passant par le symbolique permet aux enfants d’évacuer le chaos qu’ils ont en eux, insiste-t-elle. La mythologie n’apporte pas des réponses, elle n’apporte que des questions. »

Des questions, les lecteurs du Feuilleton de Tsippora n’en manqueront pas. Le nouvel opus de la série, préfacé par Delphine Horvilleur et illustré par Joëlle Jolivet, s’empare des récits bibliques à travers le personnage de Tsippora, épouse de Moïse. En quittant la mythologie grecque pour la Bible, Murielle Szac a entendu rester fidèle à sa démarche d’ouverture des consciences. « Les textes fondateurs m’ont toujours intéressée, conclut-elle. Que l’on soit croyant ou non, la Bible charrie les mêmes questions existentielles que les textes de la mythologie grecque. Elle offre également une grande liberté d’interprétation. »

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