Alain Robbe-Grillet est mort à 85 ans

Alain Robbe-Grillet est mort à 85 ans

(c) Olivier Dion

Alain Robbe-Grillet est mort à 85 ans

Le pape du nouveau roman s’est éteint dans la nuit de dimanche à lundi. Membre fondateur du prix Médicis, élu en 2004 à l’Académie française où il n’a jamais siégé, l’écrivain avait publié en octobre chez Fayard son dernier ouvrage, controversé, « Un roman sentimental ».

Par Catherine Andreucci,
avec ca Créé le 28.11.2013 à 16h34

Alain Robbe-Grillet est mort d’une crise cardiaque dans la nuit de dimanche 17 à lundi 18 février, à l’âge de 85 ans. Olivier Corpet, directeur de l’Imec à laquelle l’écrivain avait donné la totalité de ce qu’il possédait, l’a annoncé à la presse.

Ingénieur agronome de formation, Alain Robbe-Grillet a écrit quelque 25 livres depuis son entrée fracassante dans le monde des lettres avec son premier roman, Les gommes, publié en 1953 par Jérôme Lindon chez Minuit. Figure emblématique du nouveau roman, il a posé les bases théoriques du mouvement dans un essai, Pour un nouveau roman (1963). Minuit a publié l’essentiel de son oeuvre : Le voyeur (1955), La jalousie (1957), Dans le labyrinthe (1959), L’année dernière à Marienbad (1961), Instantanés (1962), Un régicide (1978), Souvenirs du triangle d’or (1978)... jusqu’à L’immortelle (2003). En 2001, pour son 80e anniversaire, Alain Robbe-Grillet a fait paraître La reprise chez Minuit et donné à Christian Bourgois Le voyageur, recueil de ses articles et entretiens réunis par Olivier Corpet et commentés par lui-même. En 2005, il a publié au Seuil Préface à une vie d’écrivain, dans la collection « Fiction&Cie ».

Un regard désabusé sur son époque
C’est Fayard qui a publié, en octobre 2007, son dernier ouvrage, Un roman sentimental, vendu non massicoté et sous un film plastique. Présenté par l’écrivain comme « une sorte de conte de fées pour adultes », ce texte à forte tonalité pornographique lui avait valu d’être éreinté par la critique.

Alain Robbe-Grillet était un des membres fondateurs du prix Médicis (1958). En 2004, il avait été élu à l’Académie française, au fauteuil de Maurice Rheims. Mais, ayant toujours refusé de prononcer son discours de réception sous la Coupole, il n’avait jamais siégé parmi ses pairs au quai Conti.
Dans un entretien qu’il avait accordé à Livres Hebdo en 2001 (LH 408, du 12 janvier 2001), il portait un regard très critique sur la littérature contemporaine: « Aujourd’hui, de toute façon, on constate la même chose dans le monde entier, pas seulement en France : la conviction fait défaut. [...] Il n’y a plus de grands espoirs idéologiques. L’époque du nouveau roman était celle où l’on croyait à la révolution. Enfin, peut-être pas moi... mais tout de même. Cela avait un effet sur la vie littéraire bien sûr, où les débats étaient d’une autre ampleur qu’aujourd’hui, mais aussi sur la littérature elle-même. L’époque est prise d’une espèce de lassitude, désenchantement, lendemain de fête... Mais on ne sait jamais : peut-être que cela s’appelle l’aurore... », disait-il en référence implicite à la dernière réplique de la pièce de Jean Giraudoux, Electre.

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