30 JANVIER ET 24 FÉVRIER - HISTOIRE France-Algérie

Des documentaires comme El Gusto, le film de Safinez Bousbia sur la musique chaâbi, sont souvent bien plus efficaces pour comprendre le drame que fut la guerre d'Algérie que bien des thèses. C'est cette approche sensible qui est privilégiée dans ces deux ouvrages qui se démarquent des travaux universitaires publiés pour le 50e anniversaire de l'indépendance.

Yahia Belaskri donne la parole à une vingtaine de témoins. Pas uniquement de la guerre mais aussi de l'après-guerre, des deux côtés de la Méditerranée. Journaliste, écrivain, cinéaste, historienne, psychiatre ou professeur ; ils sont français ou algériens, ils ont gardé leurs souvenirs intacts et cette histoire à fleur de peau.

Chacun l'évoque à sa façon, en quelques pages, souvent émouvantes, toujours très justes dans le ton adopté, jamais manichéennes. Il y est question de l'enfance, des violences de l'OAS et du FLN, de l'après-guerre, des règlements de comptes, des poètes assassinés comme Jean Sénac et bien sûr de la terrible guerre civile.

"Cinquante ans plus tard, en quelque sorte, nous en sommes là, constate Brahim Hadj Slimane. Souvent, je regarde le ciel, puis la foule, puis la mer, et je pense à l'enfermement, au vide, à l'absence d'alternative autre que celle des islamistes qui guettent, se redéploient, et attendent."

De l'autre côté de la Méditerranée, le journaliste Rémi Yacine souligne une autre forme de désabusement. "Quand un ministre dit qu'il y a trop d'Arabes en France, ça va ; quand c'est la moitié du gouvernement qui le dit..."

Eric Sarner, lui aussi, est retourné en Algérie. Et il en a vu plusieurs, d'où le "s" à son Algérie. Le poète-romancier, qui vit aujourd'hui à Montevideo, décrit son périple avec beaucoup de conviction, d'attention. Il se sert des rencontres, de la parole des autres comme celle de Boualem Sansal, pour expliquer ce qui a changé dans ce pays attachant toujours soumis à la violence : celle de la religion, de la misère et de cette histoire qui ne s'arrête pas de repasser. "Je marche dans Alger, dans ses rues sorcières et familières, dans ses cris, ses klaxons hystériques, ses orages de sifflets d'agents de police en bleu pétrole." Comme Brahim Hadj Slimane, Eric Sarner évoque aussi ce vide qui attire, cette absence qui met mal à l'aise.

Autour de lui, il y a l'histoire, 132 ans de colonisation mais aussi les figures de saint Augustin, de Cervantès, de Fromentin, d'Abd el-Kader, de Camus ou de Kateb Yacine. D'où la forme singulière de ce livre, entre reportage et voyage, entre carnet de route et récit secret

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