Avant-critique Roman graphique

Bastien Vivès, "Dernier week-end de janvier" (Casterman) : Un homme, une femme

Dernier week-end de janvier - Photo © Bastien Vivès

Bastien Vivès, "Dernier week-end de janvier" (Casterman) : Un homme, une femme

Retravaillant la veine intimiste dans laquelle il excelle, Bastien Vivès campe un auteur de bande dessinée d'âge mûr soudainement rattrapé par ses hormones.

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Par Fabrice Piault
Créé le 19.09.2022 à 09h00

Qui ne sait encore ce qui se passe immuablement, hors contretemps dus à la pandémie de Covid, le dernier week-end de janvier ? Un indice : l'événement se déroule à Angoulême. C'est bien dans le cadre du Festival international de la bande dessinée, entre les fameuses bulles de la place du Champ-de-Mars, l'hôtel Mercure et les ruelles tortueuses du centre ancien que Bastien Vivès situe l'action de son nouveau livre. L'auteur né en 1984 revient, comme il le fait périodiquement entre de multiples autres expériences, à la veine personnelle et intimiste dans laquelle il excelle plus que dans toute autre depuis Le goût du chlore (2008), avec entre autres Polina (2011) ou Une sœur (2017), toujours chez Casterman. Mais, en choisissant cette fois comme personnage principal un auteur de bande dessinée quinquagénaire, il prend ses distances avec le roman d'initiation même s'il laisse subsister l'ambiguïté en se demandant, par exemple, par la voix d'une de ses protagonistes, si la BD n'est pas « un art de petits garçons blessés ».

Dans la force de l'âge donc, Denis Choupin n'incarne pas le renouveau du 9e art. Plutôt bourrin au contraire, cet artisan efficace, reconnu dans le métier, met en cases et en dessins les séries concoctées par un alter ego scénariste, telle cette Opération Hitler, dont il est venu signer le tome 4. Défilent des chasseurs de dédicaces, indécrottables lourdauds trimballant d'inévitables sacs à dos, lorsqu'apparaît une élégante jeune femme. Vanessa, médecin, ne connaît rien à la bande dessinée, mais est venue chercher un livre pour son mari, fan qui se révélera aussi enthousiaste que pénible. Denis Choupin tombe instantanément sous son charme. On est vendredi. Il ne lui reste que 48 heures pour la séduire. Il va pour cela bousculer tout son programme, rater une vente de ses originaux comme les fiançailles de son fils à Paris. Pourquoi pas ?

Entre fantasme et réalité solidement documentée d'une ville et d'un festival emblématiques, Bastien Vivès dessine avec finesse une géographie des sentiments. Il convoque pour cela un art déjà éprouvé : des enchaînements de cases muettes chacune précisément signifiante, des cadrages implacables laissant transpirer la multiplicité des sensations et des émotions, et, posé sur un trait net, un noir et blanc, ou plutôt un dégradé de gris composant un univers d'ombre et de lumière. Il délimite avec brio un espace autant physique que mental où les phéromones peuvent se déployer en toute liberté.

Bastien Vivès
Dernier week-end de janvier
Casterman
Tirage: 35 000 ex.
Prix: 20 € ; 184 p.
ISBN: 9789030377801

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