Rentrée littéraire 2021

Catherine Safonoff, « Reconnaissances » (Zoé) : Épiphanies

Catherine Safonoff - Photo © DR

Catherine Safonoff, « Reconnaissances » (Zoé) : Épiphanies

Dans un récit lumineux et sans nostalgie, Catherine Safonoff revient sur l'écriture de ses premiers livres pour rendre hommage aux aimés de sa vie. Tirage à 2300 exemplaires.

J’achète l’article 1.50 €

Par Véronique Rossignol,
Créé le 11.06.2021 à 10h00,
Mis à jour le 11.06.2021 à 17h53

Quand on lit Catherine Safonoff, on la voit. Écrivant, aimant, lisant, fumant, toujours en mouvement. Dans ce nouveau récit, recueil de souvenirs autobiographiques qui sautent au-dessus du temps sans nostalgie, on la voit, en 1980, conduisant « trop vite » une Mini Cooper noire avec un pistolet jouet dans la boîte à gants que son amant d'alors prenait pour un vrai. On la voit à vélo en 2009 sillonnant Genève avec l'urne contenant les cendres de sa mère. Ou il y a quarante ans, au volant de la 2CV vert pomme qui la conduisait pour trois jours à la fin de chaque semaine dans un cabanon appartenant à sa mère. Un refuge hors de la ville, à plus de deux heures de « la maison des enfants », celle du père de ses deux filles d'où elle s'éclipsait pour écrire, supportant la muette réprobation maternelle et l'incompréhension de « l'opinion ». « J'avais deux maisons, je n'ai qu'une âme », dit-elle, sans justifications rétrospectives.

Reconnaissances revisite ses lieux de cœur - sa ville, les îles grecques - intimement liés à l'écriture. Catherine Safonoff raconte la genèse de ses premiers livres pour rendre hommage à ceux auprès de qui elle les a écrits. Les amours et les amies - qu'elle a parfois transformés en personnages -, ses grands-parents, son père et sa mère dont l'évocation des derniers moments est magnifique. Quant aux livres, sa mémoire se fait critique : « Sept ans de travail pour obtenir cette chose plate ! Je devais avoir un autre problème que littéraire », note-t-elle à propos de Retour, retour, son deuxième roman. Tandis qu'elle a ce commentaire caustique au sujet du premier, La part d'Esmé : « roman d'une candeur incroyable. Débordant du bonheur de tout écrire, tout, ce qui va comme ce qui ne va pas. » Il y a chez l'auteure de La distance de fuite cette façon durassienne d'intégrer l'écriture à la vie matérielle, d'associer les maisons et les hommes. Mais il est difficile de dire ce qui fait sa grâce un peu brusque, incomparable. Peut-être ce vivace élan qui innerve son style elliptique, croquant l'essentiel, « le trivial et le tragique », en quelques phrases sans verbe. De la passion sèche, pas de sentimentalisme, peu de culpabilité - même s'il en faut « une sacrée dose pour écrire » selon elle -, encore moins de regrets (sauf peut-être d'avoir égaré certains carnets tandis que d'autres ont été jetés sans remords à la benne à ordures)... Et quand les traces manquent, « ma mémoire isole des épiphanies » : c'est son don. Ne reste alors que l'acquittement de la dette, sans conditions. Une gratitude lumineuse.

Catherine Safonoff
Reconnaissances
Zoé
Tirage: 2 300 ex.
Prix: 16 € ; 144 p.
ISBN: 9782889279326

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités