Classique un jour, classique toujours ?

Charlotte Volper, directrice éditoriale de Pocket Imaginaire. - Photo Olivier Dion

Classique un jour, classique toujours ?

En poche comme en grand format, la réédition régulière des classiques de l'imaginaire est indispensable pour assurer le renouvellement du lectorat.

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Par Charles Knappek,
Créé le 05.10.2022 à 16h57

En poche comme en grand format, la réédition régulière des classiques de l'imaginaire est indispensable pour assurer le renouvellement du lectorat. Tout iconiques qu'ils soient, les maîtres de l'imaginaire sont mortels, et leurs créations le sont tout autant. Sauf les rares élus entrés dans la pop culture par la magie des adaptations (Tolkien, Martin, Herbert, Dick...), nombre de chefs-d'œuvre non portés à l'écran échappent à un grand public qu'il faut sans cesse évangéliser. « Les livres de David Eddings ont beau s'être vendus à des millions d'exemplaires, j'ai été surprise de voir que même certains jeunes libraires ne le connaissent pas, témoigne Charlotte Volper, directrice éditoriale de Pocket Imaginaire. En tant qu'éditrice de poche, une grande partie de mon travail consiste à savoir quand remettre en avant les grands classiques pour leur permettre de rencontrer une nouvelle génération de lecteurs. » Pocket a récemment revu les couvertures des œuvres de David Eddings et Dan Simmons, avec un effet immédiat sur les ventes. De même au Livre de Poche, le rechartage progressif des livres d'Ursula K. Le Guin contribue à installer dans la durée l'œuvre de cette autrice « encore loin de vendre autant qu'elle le devrait » selon Audrey Petit, directrice éditoriale.

Tout est affaire d'équilibre. S'il a aussi conscience de l'importance d'entretenir le fonds, le directeur de Folio SF, Pascal Godbillon, s'efforce de « ne pas abuser » des changements de couverture. « Les lecteurs peuvent avoir le sentiment qu'on veut profiter de leur âme de fan, voire de collectionneur, pour leur faire acheter 50 fois le même livre », estime-t-il, revendiquant un rythme de renouvellement « assez lent, en moyenne tous les cinq ou six ans, peut-être plus ». Même en l'absence de nouvelles couvertures, l'entretien du fonds est primordial et certains auteurs requièrent une évangélisation permanente, tels Terry Pratchett chez Pocket. Il faut dire qu'avec 41 romans rien que pour sa série phare Les annales du disque-monde, le Britannique a de quoi effrayer les néophytes. « Les libraires ne peuvent pas tout avoir en rayon, c'est impossible, concède Charlotte Volper. Nous leur mettons à disposition des fascicules qui expliquent quels ouvrages mettre en avant. »

Positionnement premium

La dimension patrimoniale du poche est bien comprise des éditeurs. Elle est au cœur du projet du Bélial de créer sa propre collection. « Encore à l'étude » celle-ci pourrait voir le jour dès 2023 en complément de la collection de novellas « Une heure-lumière », déjà au format poche. « Nous voulons créer une bibliothèque idéale, explique Olivier Girard, le fondateur. De nombreux titres majeurs sont aujourd'hui absents des catalogues, il y a un travail important à mener. » Destinée exclusivement aux librairies de premier niveau, la future collection aura un positionnement premium, Le Bélial ne s'interdisant pas de continuer à travailler certains titres avec des éditeurs de poche « dont le mass-market est le métier ».

Au-delà du poche, le grand format a aussi un rôle à jouer dans la transmission intergénérationnelle. Neuromancien de William Gibson (Au Diable Vauvert) s'impose depuis sa parution en 2020 comme un long-seller. « Gibson est en train de rencontrer une nouvelle génération, c'est complètement légitime car c'est l'un des grands fondateurs de la SF contemporaine », souligne Marion Mazauric, cofondatrice du Diable Vauvert, qui a, depuis, publié les deux tomes suivants de la trilogie éponyme. L'éditeur poursuit également la remise au goût du jour d'Octavia Butler en publiant son cycle inédit en trois volumes Xenogenesis.

Enfin, archétype de la pop culture, Star Wars est un cas à part. La saga a sa collection dédiée chez Pocket à raison de six titres par an rédigés par des auteurs de renom (Ken Liu a par exemple signé un tome) qui en développent les personnages et thèmes. Au sein des romans « Canon » (publiés depuis 2014 et conçus pour les nouveaux lecteurs), la série « La Haute République » lancée en 2021 est le dernier projet crossmédia rassemblant romans adultes, young adult, mais aussi comics (Panini), romans jeunesse (La Bibliothèque Verte) et mangas (Nobi Nobi!). « Plus que les films, ce sont les séries liées à l'univers Star Wars qui nous apportent le plus de nouveaux lecteurs », précise Lucile Galliot, qui dirige la collection chez Pocket.

05.10 2022

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