Politique fictions. En février 2027, trente euros forfaitaires exigés à l'entrée des urgences suffisent à embraser la France. Les Siffleurs descendent dans la rue. La mort d'Emma, élève infirmière, précipite la crise. Bruno Forestier, directeur général de la police nationale, soutenu par les médias d'un milliardaire ultraconservateur, fomente un putsch sous prétexte de maintenir l'ordre. Voici la France qu'imagine Coup d'État, au Cercle ouvert. Coup d'État n'est pas un roman, mais dix, en coffret. Les écrivains de ce projet inédit se connaissent depuis la naissance de la revue Inculte, en 2004. Vingt ans plus tard, « la bande n'a pas changé », souligne Mathieu Larnaudie, auteur, éditeur, à la tête de la nouvelle maison d'édition du groupe Albin Michel. Si ce n'est qu'« il y a eu deux Prix Médicis, deux Prix Goncourt, et la reconnaissance des uns et des autres ». L'idée a germé il y a huit ans, à Berlin. La bande était invitée à un colloque. Et puis le soir, à table, on parle des vingt ans d'Inculte à venir. « Il faudrait faire un truc que personne n'a jamais fait », lance l'un d'eux. Un autre surenchérit : « que mettre dans ce geste ? » De fil en aiguille, les contours du projet s'affirment. Ce sera une fiction politique : « dix romans pour former un roman unique. » Depuis, chacun creuse son sillon, à partir d'« une sorte de Bible commune » échafaudée collectivement, en résidence dans les cellules monacales de l'abbaye d'Ardenne, que l'Institut Mémoire de l'édition contemporaine à Caen a mis à leur disposition. À chaque auteur d'apporter ensuite sa patte et sa pierre à l'édifice. Chez Hélène Gaudy, la foule devient narratrice et son « on » épouse la colère collective. Joy Sorman place une femme CRS en burn out devant un rat dont le regard dérègle son obéissance. Alexandre Civico, dans la peau d'un vieux chien, raconte un village gagné par la crise. Mathias Énard met à l'épreuve l'amitié de deux policiers que le putsch divise. Arno Bertina nous entraîne dans la tourmente de Marion, dirigeante syndicale débordée par la révolte qu'elle espérait. Julia Deck mène une comédie de mœurs féroce, où une famille de bourgeois parisiens regarde la démocratie s'effondrer à la télévision en se demandant ce que les gens peuvent bien avoir « à siffler comme ça dehors ? » Des échos courent d'un livre à l'autre : la conseillère en discours de Maylis de Kerangal - dont le métier s'est désintégré avec l'arrivée de l'IA - transmet une vidéo compromettante sur Forestier (où on le voit frapper un chien) au journaliste mis en scène par Mathieu Larnaudie. Jérôme Ferrari rebondit par le plaidoyer victimaire de ce putschiste raté qu'est finalement devenu Forestier, tandis qu'au rayon des minables, un juriste frustré, inventé par Olivier Rohe, réalise des prouesses de servilité envers l'autoritarisme qu'il réprouve pourtant. Les histoires peuvent se lire indépendamment, et c'est le formidable charme de ces dix univers. Signées des plus belles plumes contemporaines, elles sont à butiner dans l'ordre ou le désordre. L'autre originalité de cette opération, presque invisible, ne relève pas du choix, naturel, de paraître en pleine campagne présidentielle, mais d'avoir le cran de sortir un tel pavé dès la quatrième parution d'une maison née en août. On ne doute pas. L'avenir appartient aux audacieux. Julie Malaure
Coup d’État
Le Cercle ouvert
Tirage: 8 000 ex.
Prix: 44,90 € ; 1 400 p. (Coffret 10 volumes)
ISBN: 9791070210376
