Avant-critique Essais

Collectif, "Contre la littérature politique" (La Fabrique)

Des CRS se font asperger de peinture lors d'une manifestation le 22 février 2014 à Nantes - Photo © AFP - JEAN-SEBASTIEN EVRARD

Collectif, "Contre la littérature politique" (La Fabrique)

Dans cet ouvrage collectif, six auteurs et autrices prennent la plume pour dire, dans de courts récits, ce que leur inspire l'omniprésence du politique en littérature.

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Par Marie Fouquet,
Créé le 26.12.2023 à 14h00

Les poètes dans la cité. L'idée de ce texte est liée à Toi aussi, tu as des armes, un recueil publié en 2011 « alors que la sous-direction antiterroriste frappait à la porte, aux fenêtres et sur les amies de notre maison d'édition », explique l'éditeur. Collectif, cet ouvrage était notamment signé par Jean-Marie Gleize, Jacques-Henri Michot, Yves Pagès, Nathalie Quintane. De la poésie chez un éditeur de pensée critique constituait alors une bizarrerie. Treize ans après, la présence du politique en littérature semble ne plus poser question, parfois même jusqu'à la confusion. Dans Contre la littérature politique, Nathalie Quintane, Louisa Yousfi, Pierre Alferi, Leslie Kaplan, Tanguy Viel et Antoine Volodine composent des variations autour de ce que leur inspire l'idée de la littérature politique.

« Beaucoup d'intentions, assez peu de crimes », écrit en préambule Nathalie Quintane. « D'un côté l'intention (politique), de l'autre le crime (littéraire). » L'autrice du récent Tout va bien se passer (P.O.L, 2023) parle de la littérature qui surgit sur les murs - « Police partout, justice nulle part, Victor Hugo » -, elle cite Artaud, Wittgenstein - « "Je" n'occupe pas une position centrale dans la grammaire, c'est un mot comme les autres. » Elle imagine un dialogue entre écrivain et militant, regrette « le cœur agissant des intelligences communes du Surréalisme, Dada, Constructivisme, Lettrisme, Situs, Romantiques, Pensifs, etc. »

Louisa Yousfi réactualise l'Iliade, dans un savoureux « Chant pour des armes splendides », qui entremêle des éléments du mythe et de l'actualité. La « Déesse mère » réclamant justice pour son fils prend les traits d'Assa Traoré dans son combat pour son frère et pour les victimes des violences et des assassinats policiers. Quelques mois avant sa mort, Pierre Alferi signait cinq lettres adressées « À nos Grandes-Têtes-Molles » que l'on reconnaîtra sans peine. Entre colère, mélancolie et dégoût, l'auteur vise les manquements et les dérives de personnages publics (écrivains, politiques, philosophes...), devenus des archétypes, et les désigne comme les symptômes d'une époque crasse. « Avec toi se confirme que l'abus, même dans ses formes les plus sordides, n'est pas une dérive du pouvoir, mais son essence infâme. » Leslie Kaplan compose une ode à la littérature, capable de « redonner au sujet le monde dans lequel il vit ». Explorant le pouvoir des mots, elle rappelle que nous vivons à travers eux. « Faire politiquement de la littérature / pas de la littérature politique. » Quelques pages plus loin, Tanguy Viel semble lui faire écho : « Ce qu'on pourrait persister à rêver, ce serait bel et bien d'opérer la synthèse qui permettra d'articuler l'émancipation lyrique de l'individu littéraire à l'utopie collective. » Et Antoine Volodine de conclure avec « Un conte moral », où le dernier espoir d'une foule de se raccrocher à une quelconque certitude échoue.

Chacun de ces textes répond à l'invitation initiale et cathartique à replacer la poésie au cœur de la cité, formulée ainsi par Nathalie Quintane : « Mais elle est à qui la grammaire ? − À nous. À nous. À nous. »

Collectif
Contre la littérature politique
la Fabrique
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 15 € ; 200 p.
ISBN: 9782358722728

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