16 JANVIER - HISTOIRE France

Stéphane Giocanti est l'auteur d'un Charles Maurras (Flammarion, 2006) et d'Une histoire politique de la littérature (Flammarion, 2009). Avec les Daudet, il poursuit son exploration de cette bourgeoisie française qui n'intéresse plus grand monde depuis Paul Bourget. A tort.

Dans cette enquête au cordeau, il montre son habileté à composer un livre choral, comme savent si bien le faire les Anglo-Saxons, autour de ce petit monde qui fit de la littérature le ciment d'un clan. Tous sont liés par cette relation intime avec l'écriture, du conte à la recette de cuisine. Un Daudet en entraîne et en explique toujours un autre. Du second Empire à Vichy, nous sommes donc conviés à la visite de cette dynastie très droitière.

D'abord Alphonse, le patriarche dont on avait oublié la notoriété, la maladie vénérienne et la fin douloureuse. C'est d'ailleurs en voyant les souffrances de son père que Léon s'engage dans des études de médecine, avant de trouver son salut dans la littérature et la politique.

Ce tribun, proche de Maurras, cultive avec la même vigueur sa haine de la République et l'antisémitisme familial. Le "il est couleur traître" pour décrire le capitaine Dreyfus, c'est de lui. Ses pamphlets ont alimenté l'extrême droite pendant des décennies, ses critiques littéraires ont dessillé les yeux de nombreux lecteurs et son mariage avec Jeanne Hugo a un peu relégué le reste de la tribu Daudet à l'arrière-plan. Stéphane Giocanti rend donc justice à ceux que l'on connaît moins.

A commencer par les parents d'Alphonse, Vincent et Adeline, petits commerçants nîmois, monarchistes et catholiques qui s'installent à Lyon pour y faire faillite. Puis Ernest, le frère aîné dont Stéphane Giocanti essaie de nous convaincre qu'il avait un beau brin de plume. Et, bien sûr, Alphonse et tous ceux qui gravitent autour de lui, Mistral, les frères commères Jules et Edmond de Goncourt, Flaubert, Zola et Tourgueniev.

Alphonse n'aimait pas seulement les dictionnaires et les tartarinades de Tarascon. Il était attiré par le Midi et par les femmes, et cela dès son plus jeune âge. Sa femme Julia, qui écrivait elle aussi, pardonnera à ce mari volage qui paiera très cher ses turpitudes, comme en témoigne la scène chez Charcot, qui s'apparente plus à de la torture qu'à de la thérapie.

La constellation Daudet s'éteint à la mort de Léon, en 1942. A ses côtés, il y eut le délicat Lucien, son frère cadet, poète et amant de Proust. Il y eut aussi le drame de son fils Philippe, retrouvé "suicidé" d'une balle de revolver à l'arrière d'un taxi, sans doute à la suite d'une étrange bavure policière.

Stéphane Giocanti n'a pas que de l'appétence pour son sujet et ses personnages. Il sait raconter ces destins singuliers et surtout, à travers eux, de la révolution industrielle à la révolution nationale, dévoile une partie de la vie culturelle et politique française.

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