Avant-critique

Elena Ferrante, mensonges et sortilèges

Elena Ferrante, mensonges et sortilèges

Sans se répéter, et avec une intensité narrative intacte, l'écrivaine italienne effeuille les tourments de l’adolescence dans La vie mensongère des adultes, son huitième roman très attendu à paraître le 9 juin chez Gallimard.

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Par Michel Puche,
Créé le 21.05.2020 à 18h16,
Mis à jour le 21.05.2020 à 19h00

Giovanna, fille unique d’un couple de professeurs, vit une enfance heureuse sur les hauteurs de Naples. Mais, à douze ans, elle surprend une conversation entre ses parents. Son père la trouverait « très laide », la comparant à une tante maléfique. C’est un malentendu qui va la perturber profondément et qu’elle va tenter de dissiper durant toute son adolescence. Giovanna décroche à l’école, se rebelle, découvre la sexualité et les premières amours, et fait douloureusement le deuil de son enfance.
 
Elena Ferrante semble d’abord nous offrir un conte moderne sur l’incompréhension entre enfants et parents, un texte sur un ton intimiste, à la manière de ses premiers romans (L’amour harcelant, Les jours de mon abandon). Le récit s’ouvre ensuite aux relations familiales, aux différentes classes sociales, aux milieux intellectuels. Un bracelet précieux, qui passe de poignet en poignet, pimente l’intrigue, comme un sortilège malfaisant. L’auteure de L’amie prodigieuse n’est pas loin…

Amour, désirs et jalousie
 
Ferrante a cependant cette fois changé de perspective, et on sait qu’elle met un point d’honneur à faire à chaque livre quelque chose de différent. Certes, elle est de retour avec toute son intensité narrative, mais dans un roman plus amer et plus contemporain – l’histoire se déroule dans les années 1990. Les thèmes de sa célèbre saga napolitaine  sont toujours présents : l’amitié féminine, l’ascension sociale grâce à l’école, les travers d'une certaine élite intellectuelle, la place de l’écriture dans la vie… Elle conserve ce don de capturer et de creuser en profondeur les aspects psychologiques, avec une grande fluidité : amour, désirs et jalousie. Et La vie mensongère des adultes, son huitième roman, n’est pas le moins addictif.
 
Sandra Ozzola, amie et éditrice de Ferrante, que nous avions rencontrée à l’automne dernier, ne s’est finalement pas trompée : après son prodigieux quatuor napolitain, Elena Ferrante, celle qui fuit la presse et dont le talent reste, avait encore des choses à nous dire.
 

La vie mensongère des adultes, par Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, Gallimard, collection « Du monde entier », 416 p., 22 euros, ISBN :  9782072899218, à paraître le 9 juin. 
 
 

Une nouvelle saga ?

Tiré à 200 000 exemplaires, le nouveau roman d’Elena Ferrante arrive en librairie le 9 juin. C’est peu dire qu’il est attendu par les libraires pour consolider la reprise. Quant à Gallimard, son éditeur en France, il compte aussi beaucoup sur ce livre, qui paraît finalement à la date prévue, traduit par Elsa Damien.
 
Pour le reste du monde, et notamment les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, la crise sanitaire est passée par là. L’éditeur italien e/o, qui a publié l’édition princeps en novembre dernier, s’est entendu avec vingt-cinq confrères de pays différents pour différer la sortie mondiale au 1er septembre, en espérant un marché plus favorable.
 
Quant aux nombreux fans de Ferrante qui se seront attachés au personnage de Giovanna, ils se prendront sans doute à espérer une suite à La vie mensongère des adultes, un roman dont la fin reste très ouverte... Confrontée à cette question, son éditeur italien Sandro Ferri (edizioni e/o) répond pourtant : « Je ne pense pas ». Et d’ajouter qu’elle ne donnera pas d’interview à la presse française.

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