Rivages tragiques. C'est dans une Rome étouffée par la canicule que se rencontrent, cet été-là, un architecte et un écrivain. Le premier travaille pour des propriétaires de grandes villas à redessiner. Le deuxième esquisse l'intrigue de son nouveau roman : un couple en séjour dans un bel hôtel de l'île de Lampedusa a vue sur une plage où débarquent et d'où partent les exilés sur des bateaux de fortune. Sur cette plage, les corps des baigneurs qui se rafraîchissent et sèchent alternent avec ceux échoués après avoir été avalés par la mer sous la pression des tempêtes qui les font chavirer. « Un cimetière se forme vague après vague. » L'écrivain était auparavant chauffeur de taxi et militant. Il transportait des touristes, des hommes d'affaires, et, en cachette, des migrants. Ce sont ces rencontres qui lui ont inspiré son premier livre et qui ont fait de lui un auteur. Depuis, les récits de vie de ces « Hommes venus "de loin" » ne l'ont jamais quitté. « Les Hommes qui débarquent posent un autre regard sur le monde. D'autres mots. » Lorsqu'il rejoint l'île pour poursuivre l'écriture de son nouveau roman, il finit par s'y installer pour aider les exilés de l'Abri de Lampedusa. « Chez lui, l'envie d'agir a pris le dessus. » L'architecte, lui, vient donner un coup de main à l'Abri pendant quelques jours. La situation le dépasse. Il est là pour voir cet ami qui lui manque, pour le convaincre de poursuivre son livre. « Pour trouver une histoire autour d'une phrase, il faut la déplier, la remuer dans tous les sens. »
Dans ce premier roman d'une justesse rare, Elsa Régis met en regard des populations qui, habituellement, ne se croisent pas : les touristes et les exilés. Elle expose des lois qui se contredisent - celles des États qui laissent mourir des milliers de personnes, et celles de la mer qui imposent de porter secours à toute personne en danger de s'y perdre. Elle témoigne du ressac formé par des mouvements qui s'opposent : des militants et des résidents de l'île qui restent et s'activent pour l'Abri et des groupuscules d'extrême droite qui mettent le feu à son toit. En écrivant ces mots sur Lampedusa, l'autrice tente de « mettre du sens là où il en manque » et de « laisser beaux » ces hommes condamnés à l'errance, à la mort, à n'avoir que l'espoir de s'en sortir.
Un abri pour Lampedusa
Les éditions du Panseur
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 19 € ; 224 p.
ISBN: 9782490834297
