Sur le papier, la rentrée littéraire aurait pu lui donner un coup de fouet. Dans les faits, le rayon livre de la Fnac reste à la traîne. « Les produits éditoriaux reculent, pénalisés par un effet de base défavorable dans le gaming après le lancement réussi de la Switch 2 en 2025, indique un communiqué de Fnac Darty. Le livre est en retrait dans un marché peu animé par les nouveautés, tandis que l’audio est toujours très dynamique grâce aux vinyles. »
Sur l’ampleur exacte, en revanche, Fnac Darty reste avare de détails : aucun chiffre isolé pour le livre et aucun pourcentage pour l’ensemble de la catégorie. Le communiqué confirme que le rouge persiste, mais ne dit pas s’il s’assombrit ou s’éclaircit par rapport à la baisse de 8,5 % déjà affichée par les produits éditoriaux au premier semestre 2026 (-10,4 % en France).
Le poids des produits éditoriaux dans le chiffre d’affaires du groupe s’effrite d’ailleurs année après année, passant de 17,4 % en 2024 à 13,3 % en 2025, puis à 11,4 % au premier semestre 2026. Une érosion à nuancer toutefois, puisqu’elle doit beaucoup à la consolidation du distributeur italien Unieuro, qui a mécaniquement dilué le poids de toutes les catégories hors électroménager.
Le reste du groupe résiste
Ce recul tranche avec la tendance générale : au troisième trimestre, le chiffre d’affaires de l’entreprise s’établit à 2,5 milliards d’euros (+ 1,8 % à périmètre comparable), porté notamment par le reste de l’Europe (+ 5 %) tandis que la France reste quasi stable (-0,4 %). Sur les neuf premiers mois de l’année, le groupe enregistre un chiffre d’affaires de 6,9 milliards d’euros (+ 1,1 %) avec un commerce en ligne qui continue de progresser (+ 5,3 %). Une activité qui pèse désormais plus de 21 % des ventes globales.
L’OPA clôturée le 9 novembre
L’OPA de Daniel Kretinsky a par ailleurs été autorisée par Bruxelles le 20 octobre, avec une clôture fixée au 9 novembre. Déjà actionnaire à 28,5 %, Kretinsky vise les 50 %, ce qui permettrait d’empêcher le chinois JD.com, en passe de racheter l’allemand Ceconomy (21,95 % du capital de Fnac Darty), de peser davantage dans les décisions du groupe. Cette acquisition reste sous enquête approfondie à Bruxelles pour soupçons de subventions chinoises avec une décision attendue au plus tard le 4 novembre.
Ce que la filière redoute
Cette clôture imminente de l’OPA ne répond pas aux craintes exprimées par une partie du monde du livre. En effet, certains éditeurs et libraires dénoncent une concentration inédite entre le numéro deux français de l’édition (Editis), propriété de Daniel Kretinsky et le groupe de distribution de produits culturels.
Madrigall, Actes Sud, L’École des loisirs, le Syndicat de la librairie française (SLF) et le Syndicat des distributeurs de loisirs culturel (SDLC) s'étaient constitués tierce partie intéressée auprès de la Commission, qui a interrogé Hachette Livre, Madrigall, Média-Participations et Albin Michel sur la visibilité des titres en magasin.
Le feu vert du 20 octobre de la part de Bruxelles ne tranche pas ce débat sur le fond. « Le contrôle des concentrations évalue des effets de concurrence sur des marchés précisément définis, pas la concentration éditoriale ou le favoritisme en magasin que redoute la filière », souligne un avocat en droit de la concurrence. Au 9 novembre, le livre chez Fnac Darty aura donc changé de propriétaire alors que le marché français du livre poursuit son recul en volume depuis le début de l’année sans que la filière ait obtenu les garanties qu’elle réclame depuis plusieurs mois.
