Alors que s'ouvrent les élections municipales, un vent d’incertitude plane sur Forbach, ancien bassin houiller lorrain peuplé de 20 493 habitants. Voilà plusieurs semaines qu’une rumeur circule : la commune mosellane devrait bientôt accueillir un Cultura. De quoi surprendre les habitants, qui ont vu au fil des ans plusieurs librairies ouvrir et fermer.
« Les enseignes trop grandes ont du mal à survivre ici »
« Pourquoi Cultura ? » interrogent sur leur compte Instagram Albain Millot et Oualid Khelifi, gérants de la Librairie-pâtisserie Autonome, seul commerce de livres existant dans le centre-ville de Forbach. Les deux associés, qui ont ouvert en juillet 2025, doutent de la pertinence de cette implantation, qu’ils ont découverte dans la presse.
Ayant bénéficié d'une aide sur trois ans de la municipalité pour leur projet de librairie-pâtisserie, ils se demandent s'il n'est pas contradictoire d’accueillir une enseigne comme Cultura. Selon leur tribune, « Cultura sera le signe de l’étouffement progressif de l’offre culturelle. La cohabitation n’existe pas, elle n’est pas réaliste. »
Au début du mois de février, Le Républicain Lorrain dévoilait ainsi que la Ville venait de céder une parcelle vierge à la société immobilière Vallimo, sur la zone commerciale du Carrefour de l’Europe. Le Cultura qui s’y installerait offrirait un espace de vente de 1 300 m2 et créerait une quarantaine d’emplois d’après le maire sortant, Alexandre Cassaro (LR).
Pas de quoi convaincre Albain Millot. « L’ouverture d’Autonome visait aussi à relancer la vie du centre-ville, qui est composé de beaucoup de locaux vides peinant à trouver des repreneurs, indique-t-il à Livres Hebdo. Nous sommes donc étonnés. Qui plus est, les enseignes trop grandes ont du mal à survivre ici, comme l’attestent la situation de nos prédécesseurs et les difficultés que rencontre La Fnac la plus proche. »
Des liquidations à la chaîne
À Forbach, le quotidien des libraires n’a jamais été un long fleuve tranquille. La ville a connu son lot de dépôt de bilans, depuis celui du magasin Chapitre en 2014, qui n’a jamais pu être repris en raison de la liquidation du groupe éponyme. Ancienne responsable France Loisirs du lieu, Valérie Orlandini tentait huit mois plus tard de redresser la barre avec Quartier Livres. Investissant le local d’un ancien supermarché, elle comptait dix salariés, soit la moitié des effectifs de Chapitre, et fut placée en redressement judiciaire en 2018. La maison de la presse lancée en 2019 par Pascal Pierron a connu le même destin en 2022.
Malgré cet historique, Alexandre Cassaro se montre optimiste. Dans une vidéo partagée sur son compte Instagram cette semaine, celui qui ambitionne une réélection détaille : « Notre projet pour la prochaine mandature, c’est de continuer à identifier sur toutes nos zones commerciales et industrielles les dents creuses et les friches, pour pouvoir les réhabiliter, les réaménager et en faire de vraies parcelles à vocation économique. »
Pour Cultura, rien n'est joué
En septembre, Arnaud Gauquelin, directeur général Cultura, expliquait dans nos colonnes la volonté de la marque d’ouvrir 60 magasins supplémentaires en France, « dont moins de la moitié sous franchise. » Mais, concernant la commune de Moselle, la prudence est de mise. « Cultura confirme son intérêt pour le territoire forbachois mais, à ce stade, aucune décision d’implantation ou d’ouverture n’a été actée » a affirmé l’entreprise à Livres Hebdo.
Exigeant une réponse publique du maire, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, Albain Millot et Oualid Khelifi tentent désormais de sensibiliser les candidats des élections municipales au problème, et de créer des liens avec les autres commerçants du centre-ville qui seraient également impactés. Albain Millot souligne : « En tant que librairie, nous créons de la vie en nous investissant dans la vie locale. Nous travaillons avec des structures comme la médiathèque, nous organisons un salon du Livre… Ce que Cultura ne fera pas. »
