Tribune

Frédéric Mériot (Humensis) : “Protéger le présent et l'avenir“

Frédéric Mériot, directeur général d'Humensis. - Photo OLIVIER DION

Frédéric Mériot (Humensis) : “Protéger le présent et l'avenir“

Le directeur général d'Humensis explique dans une tribune remise à Livres Hebdo « comment Humensis, éditeur diversifié, s’est adapté rapidement pour passer la crise et préparer le rebond ».

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Auteur de la tribune

Livres Hebdo

« Lisez ! » En prononçant cette injonction salutaire, lundi 16 mars, le président Macron a rendu un singulier hommage aux auteurs et aux professionnels des métiers du livre. Alors même que ce jour marquait la fermeture administrative des librairies et des bibliothèques du pays, les premiers points de contacts du public avec le livre. En des temps plus normaux, une telle injonction, prononcée devant 35 millions de citoyens, nous en aurions rêvé ! Ce soir-là, ce fut donc simultanément le meilleur et le pire, le rêve et le cauchemar, l'envie et son empêchement.

Ne pas ajouter à la confusion

Puis est arrivé un moment d'hésitation. Les librairies devraient après tout peut-être rouvrir, pour régler les incohérences du marché avec le livre vendu en ligne ? Ou peut-être finalement pas, pour protéger les lecteurs et les libraires, et pour respecter l’esprit de ce qu’est une librairie, lieu du temps long et de l’échange ? Mais il y a bien longtemps que nous, professionnels du livre, de la « chaîne du livre », de l’amont et de l’aval, comme l’on dit maintenant, avons appris à vivre dans ces contradictions, cette tectonique des plaques à la frontière de l’éducation, de la culture, du savoir, de la créativité et de l’économie. On ne nous la fait plus. Nous savons trouver notre chemin rationnel entre la dévotion à nos métiers et nos produits, et l’ignorance de nos économies. En ces temps de convulsion intense de notre société et de nos entreprises, nous devons être certains, nous éditeurs, de ne pas ajouter aux contradictions, et d’agir pour ne pas ajouter à la confusion pour nous-mêmes, pour nos équipes et pour tous nos confrères.

Humensis a dû faire cette semaine passée des choix indispensables, forts et clairs dans ses actions et son organisation, pour tenter d’apporter à son personnel, mais aussi à ses partenaires et à ses auteurs, de la clarté et de la lisibilité – des denrées en pénurie par les temps actuels. Nous avons fait le choix de refuser le syndrome du trop peu, du trop tard, du trop flou et du trop hésitant – autant de maux que permettent les discours émollients et les tentations lénifiantes. Face à une situation incertaine, indéterminée et illisible, nous faisons le pari de la décision nette, de l’arbitrage, et ultimement de la distinction entre investir sur le nécessaire, maintenir l’indispensable, et protéger le présent et l’avenir.

S'adapter à la nouvelle donne

En à peine 24 heures, et avec l’avis favorable et unanime des représentants du personnel, animés par un vrai sens de la responsabilité et de l’entreprise, avec une volonté partagée d’agir dans la clarté et la transparence, Humensis a pu s’adapter à la nouvelle donne, dès le lundi 16 mars:

• Recentrage des forces actives et des investissements sur nos métiers de l’éducation digitale et du scolaire en accompagnement du Plan de continuité pédagogique, et préparation de la réforme scolaire de la Terminale pour la rentrée 2020. Nos forces éditoriales, techniques et commerciales doivent être infaillibles là où vont les énergies du pays, de l’Etat, et des enseignants au service des familles. Plus que jamais, Humensis accompagnera ces efforts, avec ses équipes et ses produits, notamment numériques ;

Poursuite de toutes nos activités de presse et de média, qui doivent assurer la continuité de leur dialogue et de leur diffusion auprès de leur public fidèle d’abonnés, dans les domaines des sciences, de l’économie et de la musique, et la présence en kiosques vaille que vaille et autant qu’ils seront ouverts ;

• Maintien des fonctions vitales de cet organisme qu’est l’entreprise, pourtant bien souvent au second plan chez l’éditeur en temps normal : finances, ressources humaines, systèmes d’information. Il s’agit de maintenir le lien et la solidarité, y compris financière, avec nos partenaires et amis, les auteurs bien sûr, et aussi les imprimeurs, compositeurs, distributeurs. Et à travers eux, être aussi solidaires avec nos premiers clients, les libraires indépendants, et participer à l’effort initié tout au long de la chaîne du livre ;

• Protection et repli stratégique indispensable de nos activités d’édition de littérature générale hors scolaire, qui se trouvent ici en première ligne et particulièrement exposées par l’arrêt brutal de leur activité commerciale. Toutes sont déstabilisées par l’interruption de la magnifique mécanique horlogère des programmations de nouveautés. Notre choix, à quelques exceptions près de titres fortement dépendants du calendrier de rentrée, a été celui du gel des développements éditoriaux et du repli temporaire de nos forces vives. A ce jour, ce sont environ 50% des équipes du groupe qui sont placées sous la protection du régime du chômage technique, sur lesquelles nous devrons compter le jour où sonnera la vraie perspective de reprise. Nous voulons tous être capables de rebâtir sainement une programmation solide, équilibrée et adaptée aux capacités de nos libraires, dès la reprise de leur activité.

A chacun d'inventer

Bien sûr, de tels choix assumés, clairs, cohérents et compréhensibles n’auraient jamais pu être faits si depuis les trois années d’existence de notre groupe nous n’avions sans cesse communiqué avec nos équipes et nos partenaires dans la même volonté de transparence et la même exigence de vérité. C’est la confiance que nous avons voulu bâtir, alors que tout allait bien et que nous croissions en 2019 de plus de +60%, et développions nos marques et nos activités qui, aujourd’hui, nous permet collectivement de réagir avec cohésion, unité et raison.

Face à une crise brutale et sans précédent de mémoire d’éditeur, il n’est pas aisé de trouver des repères d’action et des situations comparables. Il n’y en a pas. A chacun d’inventer sa doctrine d’action, en fonction de son histoire, de sa sensibilité, de sa culture d’entreprise et finalement de son habitus. Celui d’Humensis est encore jeune, malgré l’ancienneté de plusieurs de ses maisons. La souplesse et l’adaptabilité sont là, comme l’acuité de la vision des enjeux et des risques, comme des opportunités.
Il n’y a aucune recette miracle, aucune posture, aucune leçon. Il n’y a qu’un choix de rapport de risque à risque, une recette très volatile. Il suffirait que nos partenaires imprimeurs scolaires soient défaillants, notre partenaire de distribution empêché, ou la rentrée scolaire questionnée, pour que tout change à nouveau. Nous devons le redouter pour que nous y soyons préparés. Mais ce que nous avons choisi collectivement, c'est d'espérer ardemment et de préparer cette reprise prochaine. Nous serons prêts. Tous ensemble.





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