Rentrée littéraire 2021

Jakuta Alikavazovic, « Comme un ciel en nous » (Stock) : Tendre est la nuit du père

Jakuta Alikavazovic - Photo ©FRANCESCA MANTOVANI

Jakuta Alikavazovic, « Comme un ciel en nous » (Stock) : Tendre est la nuit du père

Une nuit au Louvre permet à la romancière Jakuta Alikavazovic de faire un retour à l'enfance et à la figure douce, en clair-obscur, de son père. Tirage à 7000 exemplaires.

J’achète l’article 1.50 €

Par Olivier Mony,
Créé le 24.08.2021 à 16h00,
Mis à jour le 24.08.2021 à 17h05

C'est la nuit. Une nuit particulière, celle d'un musée, le plus célèbre de France, le Louvre. Section des antiques, salle des Cariatides. Une femme s'y est introduite, pas clandestinement puisqu'elle a l'autorisation de l'administration muséale, un sac en bandoulière avec à l'intérieur une barre sucrée et un carnet de notes, dans sa tête l'obscurité qui vient comme la clarté des souvenirs. Nous sommes le 7 mars 2020, bientôt le 8. Que fait ici la romancière et traductrice Jakuta Alikavazovic, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, à moitié clandestine donc, entourée d'un théâtre d'ombres et de pierres ?

Après d'autres (Santiago Amigorena, Bernard Chambaz, Léonor de Récondo...), elle répond à la demande des éditions Stock et de leur belle collection « Ma nuit au musée » d'essayer de transformer en livre ce séjour nocturne dans un tel lieu patrimonial. Si avec Comme un ciel en nous elle y parvient magnifiquement, c'est évidemment d'abord parce que cette commande répond à une aspiration plus profonde, celle de passer le pont et laisser les fantômes venir à soi. Les fantômes ? Oui, mais heureux tout de même, gentils comme Casper... Comme cet homme, né au Monténégro dans l'ex-Yougoslavie au début des années 1950, venu à Paris une vingtaine d'années plus tard, par amour, par prémonition que cette ville sera à l'échelle de ses rêves et pour voir le Louvre, y flâner dans l'espéranto de l'art et des siècles.

Cet homme, c'est le père de Jakuta Alikavazovic et le sac qu'elle porte avec elle cette nuit-là au musée sera la boîte de Pandore d'où s'échappe son enfance. Elle se souvient de ces jours de miel et parfois de peur aussi quand elle accompagnait au musée l'auteur de ses jours, de leurs jeux et charades, de comment il l'interrogeait pour connaître la façon elle s'y prendrait pour voler La Joconde... Elle se souvient de la douceur de cet étrange « irrégulier », chez lui partout et nulle part, qui un jour la laissa seule des heures entières dans les salles du Louvre. Elle se souvient qu'elle savait qu'il reviendrait...

Jamais la romancière du si beau L'avancée de la nuit (l'Olivier, 2017) n'a été aussi près de sa vérité intime. Celle de sa vie bien sûr, mais aussi celle de son écriture, l'une soutenant l'autre chez cette grande styliste. Sans doute l'effet de commande, sa nécessité induite d'y introduire le réel de biais l'y a-t-elle aidée. Tout de même, quelle maestria, quelle splendide délicatesse ! Jakuta Alikavazovic compose une symphonie diatonique du souvenir, comme portée par la beauté qui se laisse deviner autour d'elle et dont elle s'imprègne peu à peu. Il y a là quelque chose comme une énigme résolue.

Jakuta Alikavazovic
Comme un ciel en nous
Stock
Tirage: 7 000 ex.
Prix: 18 € ; 160 p.
ISBN: 9782234088849

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités