Rentrée littéraire 2021

James Suzman, « Travailler. La grande affaire de l'humanité » (Flammarion) : La condition humaine

Dans les entrepôts d'Amazon, à Saran. - Photo OLIVIER DION

James Suzman, « Travailler. La grande affaire de l'humanité » (Flammarion) : La condition humaine

De l'homme des cavernes à l'intelligence artificielle, travailler définit l'humain. James Suzman montre néanmoins qu'une autre vision du travail est possible. Tirage à 7000 exemplaires.

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Par Sean Rose,
Créé le 09.09.2021 à 10h00,
Mis à jour le 09.09.2021 à 15h57

Le travail, c'est la santé, comme dit la chanson. Mais plus qu'une simple fonction, le travail semble surtout définir notre condition sur terre. Rien ne nous tombe tout cuit. De l'organisme monocellulaire au primate le plus évolué, les êtres animés doivent être mus par quelque activité pour demeurer vivants. Ça bouge, ça se dépense, ça bosse ! Et bien sûr, le plus agité, le plus énergivore de tous les locataires de la planète est l'Homo sapiens.

Travailler, c'est entendu. Encore faudrait-il encore s'entendre sur ce que signifie le mot. À cette question éminemment existentielle l'auteur de Travailler : La grande affaire de l'humanité s'attelle. James Suzman, directeur du groupe de recherches anthropologiques Anthropos basé à Cambridge, y déploie une réflexion sur notre rapport au travail sous forme de panorama critique de notre évolution en tant qu'espèce humaine.

L'anthropologue né en Afrique du Sud retrace ainsi l'histoire des premiers usages du feu et de la « révolution agricole » jusqu'à l'intelligence artificielle en passant par l'invention des machines à l'ère industrielle. Avec cette interrogation comme fil rouge : si au commencement de notre carrière d'humain la préoccupation première fut de gérer la paucité des ressources, justifiant un travail sans relâche, en cette période d'abondance voire de surproduction, pourquoi s'échine-t-on encore autant à vouloir croître jusqu'à la destruction de l'environnement et au karoshi (mort par surmenage), constaté au Japon dès 2013 chez une journaliste de NHK ? C'est que l'originel problème de la gestion du manque est devenu une seconde nature : « Même si presque plus personne aujourd'hui ne produit sa propre nourriture, une peur viscérale de la pénurie et la sanctuarisation des institutions et normes économiques qui sont apparues pendant cette période [celle des anciennes sociétés d'agriculture de subsistance] sous-tendent encore de nos jours l'organisation de notre vie économique. »

Le commerce en ligne a plus fait pour délier les cordons du consommateur que pour libérer le travailleur du joug du salariat. Convoquant les philosophes, les économistes, les sociologues (Adam Smith, Benjamin Franklin, Marx, Durkheim, Keynes, John Kenneth Galbraith), et étayant son raisonnement de sources ethnographiques, éthologiques, ou épigénétiques, le pilote de cette passionnante odyssée de la question sociale nous mène vers un horizon qui serait un possible au-delà de l'emploi même. Dans une société d'abondance postindustrielle robotisée, n'y aurait-il pas rien mieux que de travailler ? Comme cultiver la beauté, selon Oscar Wilde dans L'âme de l'homme sous le socialisme. Le travail, c'est la santé. « Rien faire c'est la conserver, les prisonniers du boulot n'font pas de vieux os » est la suite de l'hymne à l'oisiveté d'Henri Salvador. Le travail est notre lot, mais aussi le repos.

James Suzman
Travailler. La grande affaire de l'humanité Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Marie-Anne de Béru
Flammarion
Tirage: 7 000 ex.
Prix: 23,90 € ; 480 p.
ISBN: 9782081474451

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