Avant-Critique Roman

Jean Rolin, "La traversée de Bondoufle" (P.O.L) : Dernières marges

Jean Rolin Ivry sur Seine 08-06-2020 - Photo © Hélène Bamberger/P.O.L

Jean Rolin, "La traversée de Bondoufle" (P.O.L) : Dernières marges

Jean Rolin propose de nouvelles rêveries d'un promeneur solitaire sur les traces périurbaines d'une civilisation enfuie ou encore à naître.

J’achète l’article 1.5 €

Par Olivier Mony ,
Créé le 25.06.2022 à 11h00

La géographie parfois, la topographie, lorsqu'elles sont portées à la dignité littéraire, offrent à nos bibliothèques comme autant de manuels de savoir-vivre. Ceci dès lors que la vie y est considérée dans une perspective de promenade... Certains livres plus ou moins récents de Jean-Paul Kauffmann ou de Bernard Chambaz en témoignent, comme une bonne partie de l'œuvre de Jean Rolin, de Zones (Gallimard, 1995) au Pont de Bezons (P.O.L, 2020) en passant par le trop méconnu Traverses (NiL, 1999). Son nouvel opus, La traversée de Bondoufle, relève, et avec un identique bonheur, de cette même veine. Il y est bien entendu assez peu question de Bondoufle (un peu tout de même) et bien plus de ce dont cette commune de l'Essonne est ici le nom... D'un désert, d'une indécision, d'une marge. Naissance de l'œuvre : « Du moment où j'ai découvert la campagne à la périphérie d'Aulnay-sous-Bois, même sous l'aspect peu engageant d'un champ de maïs desséché et d'un chemin sans issue, l'idée m'est venue de suivre tout autour de Paris sa limite, ou du moins la ligne incertaine, émiettée, soumise à de continuelles variations, de part et d'autre de laquelle la ville et la campagne, ou les succédanés de l'une et de l'autre, se confrontent. » 

C'est donc reparti pour un tour ou plutôt une circumnavigation de ces franges entre ville et campagne, entre rocades, chantiers, zones pavillonnaires et friches industrielles, entre camps anciennement militaires, usines à l'abandon, ZAD de fortunes, champs et forêts, entre vaches, lapins et autochtones méfiants. Le tout sous le regard faussement naïf et souvent navré d'un promeneur solitaire. C'est Jean Rolin bien sûr, ce voyageur sans autre bagage que son humour, sa discrète érudition, son goût des cartes et des paysages. Parfois, au fil du récit surgissent des personnages tout aussi égarés que lui, thuriféraire improbable du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) ou épicier kabyle. Parfois également et tout aussi inattendu, c'est le souvenir qui surgit sous la plume de l'auteur. Comme ces dimanches de l'enfance qui n'étaient pas de Ville-d'Avray mais d'Auvers-sur-Oise, où un pèlerinage familial réunissait les frères Rolin du côté de chez Van Gogh. Et puis, puisque le soir s'approche, il est temps de reprendre ses affaires, ses esprits et la route. L'exercice a été profitable. Foin de grandes déclarations de principes qui ne sont guère le genre de beauté de l'auteur, contentons-nous de constater que chaque livre de Jean Rolin, qu'il appartienne comme celui-là à une veine de « sentiment géographique » ou non, est un état des choses. De ce point de vue là, La traversée de Bondoufle réussit l'exploit d'être à la fois guère encourageant et pourtant tout à fait réjouissant.

Jean Rolin
La traversée de Bondoufle
P.O.L
Tirage: 8 000 ex.
Prix: 19 € ; 208 p.
ISBN: 9782818054918

Les dernières
actualités