La mort de Jacques Vergès

La mort de Jacques Vergès

« L'avocat de la terreur », décédé jeudi 15 août, a été un auteur prolifique pour qui la littérature pouvait permettre d'approcher la vérité des êtres humains.

Par Christine Ferrand
avec cf Créé le 15.04.2015 à 19h12

« Rien de ce qui est humain ne m'est étranger » : c'est ainsi que Jacques Vergès, le grand avocat disparu à Paris jeudi 15 août à l'âge de 88 ans, avait sous-titré son journal de l'année 2003-2004, publié chez Plon en 2005. La formule peut peut-être lever un coin du voile sur la personnalité complexe de cet homme controversé, qui multiplia les provocations et pris plaisir à brouiller les pistes.

Unanimement reconnu par ses pairs - « Ce n'est pas seulement un grand avocat, c'est aussi un grand personnage », a dit sur France Info au lendemain de sa mort Me Georges Kiejman - il a assuré la défense d'individus contrastés comme Klaus Barbie, le terroriste Carlos, le philosophe négationniste Roger Garaudy, l'activiste libanais Georges Ibrahim Abdallah ou le dictateur serbe Slobodan Milosevic.

«L'avocat de la terreur », comme l'a appelé le réalisateur Barbet Schroeder dans le documentaire qu'il lui a consacré en 2007, était aussi un grand « avocat littéraire », selon l'expression de Me Emmanuel Pierrat qui travaillait jusqu'à ces dernières semaines à un projet de livre avec lui sur le thème de la vérité. « Il convoquait toujours nombre d'écrivains et d'oeuvres littéraires dans sa conversation, Gide, notamment, Antigone, Othello..., raconte notre blogueur. Pour lui, la vérité, c'était les goûts littéraires, et l'avocat était le seul à pouvoir l'approcher puisqu'il était le seul à pouvoir interroger un justiciable sur ses goûts littéraires. » En 2011, Jacques Vergès s'était plu à souligner la parenté entre les affaires judiciaires et les romans dans Justice et Littérature publié aux PUF, montrant que la littérature permettait une meilleure compréhension de l'être humain.

De fait, les livres ont ponctué tous les moments importants de sa vie et cela dès ses débuts. Il publie ainsi ses trois premiers ouvrages aux Editions de Minuit : Pour Djamila Bouhired, avec Georges Arnaud, en 1957, où il expose ses thèses anticolonialistes, De la stratégie judiciaire, en 1968 (réédité en 1981), et Pour les fidayine. La résistance palestinienne, en 1969.

Il a ensuite multiplié les éditeurs et les thèmes, publiant au total près d'une trentaine d'ouvrages, dont Le Salaud lumineux (Michel Lafon, 1996), Dictionnaire amoureux de la justice (Plon, 2002), Omar m'a tuer - histoire d'un crime (J'ai lu, 2001), Justice pour le peuple serbe (L'Age d'homme, 2003), Sarkozy sous BHL (Pierre-Guillaume de Roux, 2011). En février 2013, quelques semaines après la mauvaise chute qui devait finalement l'emporter, il avait fait quelques apparitions dans les médias, notamment sur France Culture, pour défendre son dernier ouvrage De mon propre aveu (Pierre Guillaume de Roux) dans lequel il évoque notamment ses rencontres avec Jean Genet.

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