28 août > Roman Etats-Unis > Elizabeth Strout

Il y a quelque chose d’étrange à noter l’ignorance dans laquelle les lecteurs français continuent à tenir Elizabeth Strout malgré son prix Pulitzer (Olive Kitteridge, Ecriture, 2010) et le fait qu’elle soit, de l’autre côté de l’Atlantique, considérée comme l’une des grandes romancières de ce temps. Toutefois, il n’est peut-être pas trop tard pour bien faire tant tout l’art, toute la délicatesse navrée de la romancière d’Amy et Isabelle (Plon, 2000) se trouvent comme concentrés et même exhaussés dans ce Je m’appelle Lucy Barton qui marque son entrée au catalogue de Fayard.

Un jour des années 1980, et durant neuf longues semaines, une jeune romancière en devenir, Lucy Barton, se trouve hospitalisée dans un établissement new-yorkais. Peu de temps après son admission, elle trouve au pied de son lit sa mère, dont elle était sans nouvelles depuis près de vingt ans. Cinq jours durant, les deux femmes vont à leur manière, craintive et fervente, rattraper le temps perdu, dissiper les malentendus, alterner dialogues de sourds et moments de fusion, faire revenir à elles les vivants et les morts. Lucy, issue d’une famille très modeste de l’Illinois, comprendra aussi peut-être combien son mariage, sa vocation d’écrivaine, les souffrances qu’elle entraîne, furent à la fois pour elle une traversée du plafond de verre et pour les siens un adieu sans fin.

Que l’on ne s’y trompe pas, il n’est pas question ici de résilience ni d’aucune de ces "tartes à la crème" lourdement psychologisantes par lesquelles les mauvais écrivains se donnent des airs d’écrire de bons livres. Il n’est affaire en fait que de tendresse, de violence, et d’abord celle des horizons à jamais perdus. O. M.

Elizabeth Strout
Je m’appelle Lucy Barton
Fayard
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Brévignon
Tirage : NC
Prix : 19 euros ; 208 p.
ISBN : 978-2-213-70135-6

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