Roman/France 20 août Laurence Vilaine

Mi-sorcière bienfaitrice, mi-vieille dame intrigante, Noële évoque malgré elle une figure mythique. On vient la consulter tous les samedis, afin de s'imprégner de sa sagesse ou de sa connaissance des plantes médicinales. Mais cela fait bien longtemps, qu'elle ne s'occupe plus d'elle-même. « Chacun son histoire, sa vie, ses embrouilles. » Sa seule confidente est la Géante, une montagne quasiment humaine, qui veille sur le village de Fontanalbe, dans lequel il n'y a presque plus d'enfants. Ce lieu magique est le réceptacle de ses peines et de ses joies. Il change d'humeur au fil des saisons et des mouvements de l'âme. Un vrai refuge dans cette vallée verdoyante. C'est là qu'a été recueillie cette orpheline. Elle y a été élevée par celle qu'elle nomme la Tante. « L'appeler ainsi, c'était ma couverture de survie. » Une personnalité unie à la nature, qui lui a appris que « quand tu viens au monde, personne ne compte sur toi, aussi compte sur toi-même et ne dérange pas la montagne. »

Une leçon que Noële applique tout au long de son existence. Il en va de même de son frère sauvage, qui parle aux nuages ou aux anges. Ce garçon est resté un éternel enfant, mais « le ptit bossu » cultive l'imaginaire et la liberté, avec une aisance déconcertante. Tout semble linéaire dans leur quotidien, jusqu'au jour où deux inconnus s'invitent - presque par effraction - dans ce village paisible. Leur présence s'impose, dans un premier temps, via leur correspondance. Carmen et Maxim sont reporters. Ils s'aiment d'un amour puissant et secret. Au Congo, elle est témoin de l'horreur. Sa plume partage tout avec son confrère et amant, mais celui-ci plonge dans le silence, lorsqu'il est atteint par « un crabe ». La sorcière ne peut rien pour lui, si ce n'est assurer une présence discrète. Elle est aussi chargée de glisser les lettres de Carmen sous sa porte. Ainsi s'immisce-t-elle dans la passion qu'elles portent. Un sentiment qui lui est complètement étranger, puisqu'elle n'a rien vécu. Elle saisit dès lors « l'amour qui prend toute la place, qui fait oser les mots qu'on ne pensait jamais dire et offrir le plus nu de soi-même ».

Passée de Gaïa à Zulma, Laurence Vilaine propose une atmosphère à la Stefansson, dans laquelle la solitude confère une aura particulière aux êtres qui habitent des pages pleines de pudeur, de douleur et de douceur.

Laurence Vilaine
La géante
Zulma
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 17,50 euros ; 192 p.
ISBN: 9782843049736

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