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L'ancien Premier ministre français Michel Rocard est mort

Michel Rocard

L'ancien Premier ministre français Michel Rocard est mort

Père de la "deuxième gauche" et homme politique parmi les plus influents depuis les années 1970, l'ancien Premier ministre Michel Rocard, auteur d'une oeuvre prolifique, est mort à l'âge de 85 ans ce samedi 2 juillet 2016.

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Par Vincy Thomas,
avec AFP,
Créé le 02.07.2016 à 20h49,
Mis à jour le 04.07.2016 à 13h14

Michel Rocard, père de la «deuxième gauche», est décédé ce samedi à 18h, a annoncé le JDD, information confirmée par son fils auprès de l'AFP. Le social-démocrate et ancien souffre-douleur de l’ancien président François Mitterrand, dont il a été le Premier ministre de juin 1988 à mai 1991, est mort à l'âge de 85 ans à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris. Dans la filiation de Pierre Mendes-France, son principal héritage politique est la création de la social-démocratie à la française, et la conversion d’une partie de la gauche à l’économie de marché. Fervent soutien de l’écologie, l’homme a influencé nombre de politiques, revendiquant une paternité sur les lignes politiques formulées par Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn, Manuel Valls ou encore Emmanuel Macron, tous revendiquant leur lien avec le "rocardisme", puisque l'homme politique se confondait avec une certaine idée de la politique.

Deux livres à paraître

Ecrivain prolifique, il allait publier le 25 août Mémoires polaires, co-écrit avec Laurent Mayet, chez Paulsen, où il partage sa passions pour les régions arctique et antarctique. Le 14 septembre, chez Flammarion, c’est un essai politique qui est prévu, en collaboration avec Jules Fournier : Que reste-t-il du socialisme ? contre la droitisation du monde et de la France. Chez le même éditeur, il avait publié en février 2015, Suicide de l’Occident, suicide de l’humanité ? et en janvier 2013 La gauche n’a plus droit à l’erreur : chômage, précarité, crise financière : arrêtez les rustines !, corédigé avec Pierre Larrouturou. Observateur amer des crises qui secouaient nos sociétés comme la politique, il avait également écrit Aux générations futures, en espérant qu’elles nous pardonneront, livre d’entretiens avec Mathias Thépot (Bayard, 2015).
 
Né à Courbevoie (Hauts-de-Seine) le 23 août 1930, Michel Rocard est nommé inspecteur des finances à sa sortie de l’ENA. Militant de la décolonisation en pleine guerre d’Algérie, il rompt avec la SFIO pour fonder le Parti socialiste unifié (PSU) en 1960, dont il est secrétaire national de 1967 à 1973. L’année suivante, il rejoint la création du Parti socialiste lors du Congrès d’Epinay, dont la direction tombe dans les mains de François Mitterrand. La nouvelle formation doit incarner, pour Michel Rocard, une nouvelle gauche, moderne, refermant l’héritage marxiste pour s’ouvrir à l’économie de marché. Telle sera la ligne du le père de la «deuxième gauche», qui se positionne à la droite du nouveau parti.

Homme de dialogues

Les relations avec François Mitterrand, l’éternel rival, sont douloureuses. Favori des sondages, Michel Rocard n’arrive pas à renverser le député de la Nièvre, qui sera élu président de la République en 1981. Michel Rocard rejoint le gouvernement en tant que ministre du Plan puis de l’Agriculture, avant de revenir comme Premier ministre en 1988, après la réélection de Mitterrand à l’Elysée. Dans «l’enfer de Matignon», Michel Rocard reste trois ans. Parmi ses réalisations, il met en place le Revenu minimum d’insertion (RMI) en 1988, la contribution sociale généralisée (CSG) en 1990, réinstalle l'Impôts sur les grandes fortunes, et est l’un des artisans de l’apaisement en Nouvelle-Calédonie en 1988. Il n'a pas le temps de réformer le système des retraites. Peu après cela, à propos de sa politique d’immigration, il prononce une phrase qui le poursuivra des années , « La France ne peut accueillir toute la misère du monde. » Il expliquera plus tard que cette citation était tronquée, rectifiant: « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre fidèlement sa part. »

Si politiquement, son pouvoir se réduit après sa défaite aux élections européennes de 1994, il conserve une énorme influence au sein du Parti Socialiste.

Reconnu pour son dialogue, notamment avec ses ennemis en politique, Michel Rocard conserve cette qualité après Matignon en écrivant, par exemple, un livre d’entretiens avec l’ancien Premier ministre Alain Juppé (La Politique telle qu'elle meurt de ne pas être 2011 éd. Lattès). Il est chargé de mission, nommé par Nicolas Sarkozy, sur la taxe carbone et le grand emprunt.

Actif même dans l'adversité

Victime d’un accident vasculaire cérébral en Inde en 2007, il démissionne du Parlement européen en 2009, mettant fin à 40 ans de carrière d’élu. Mais la retraite ne rime pas avec pétanque: Michel Rocard reste hyperactif en politique. Nommé ambassadeur du climat chargé des pôles en 2009, il participe en 2012 à la création du Collectif Roosevelt 2012 avec son grand ami Stéphane Hessel, ancien résistant et auteur d’Indignez-vous (2011 éd. Indigène).

Ces dernières années, malgré son cancer, il avait plaidé pour un désarmément nucléaire mondial et préconiser une taxe carbone pour limiter les effets de serre. Il ne ménageait plus personne, ni à gauche, ni à droite, jouant parfois les "cassandre" face à la crise économique ou les incompris quand il ne voyait pas l'intérêt du mariage pour tous. S'il a toujours mal choisi ses candidats (aussi bien pour la direction du PS que pour les életions présidentielles), sa pensée restait malgré tout importante pour de nombreux élus de gauche. Un hommage national lui sera rendu le 7 juillet.

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