Analyse

Regroupés sous l’acronyme Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), les nouveaux venus dans la diffusion, la légitimation et la production de contenus posent un défi d’autorité et de pouvoir aux acteurs traditionnels du livre, reconnaissent Benoît Epron et Marcello Vitali-Rosati, en conclusion de L’édition à l’ère numérique qu’ils viennent de publier à La Découverte, dans la collection "Repères". "Ce défi crée un malaise dans les institutions qui détenaient ce pouvoir avant le développement des technologies numériques : les maisons d’édition, mais aussi les universités, les institutions littéraires, les librairies, les bibliothèques", ajoutent-ils, jugeant que la position de "résistance aveugle" voire de mépris parfois affiché n’est pas viable. "Le futur de l’édition dépendra de la capacité de chaque acteur de repenser sa mission et de prendre une place dans le panorama qui se dessine", préviennent-ils.

Fidèle à l’ambition de la collection, ce "Repères" brosse un tableau complet et renouvelé de la situation, huit ans après la publication du premier titre sur le sujet (L’édition électronique de Marin Dacos et Pierre Mounier), avec l’objectif de "comprendre ce que devient l’édition en général à l’ère des technologies numériques". Benoît Epron et Marcello Vitali-Rosati proposent ainsi une nouvelle analyse à l’aide du concept d’éditorialisation, "processus de mise en forme et de structuration d’un contenu dans un environnement numérique", toujours ouvert, inachevé et collectif.

Les trois grandes étapes de la chaîne du livre que sont la production de contenus, leur légitimation et leur circulation sont ainsi revues à l’aune de ces nouveaux outils, ou contraintes, que les éditeurs ont maintenant bien appréhendés à défaut de pouvoir toujours les contrôler. Parmi divers exemples d’évolution, l’autoédition devient un vivier de textes déjà approuvés par le public et susceptibles d’être repris, car validés sur les réseaux sociaux qui sont un nouveau relais de visibilité et de promotion. Mais c’est du côté de la diffusion des contenus que le défi numérique se pose avec le plus d’acuité: alors que le livre n’est qu’un produit d’appel pour ces nouveaux acteurs, ceux-ci ont pourtant réussi à inverser le rapport de force entre production et commercialisation. D’où ces résistances que les auteurs jugent dépassées, mais que certains des acteurs présentent comme un réflexe de survie.

Hervé Hugueny

L’édition à l’ère numérique de Benoît Epron et Marcello Vitali-Rosati. Paru le 31 mai à La Découverte. Prix: 10 euros; 128 p. ISBN: 978-2-7071-9935-5.


08.06 2018

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