Plus d’un siècle après sa naissance, Arsène Lupin fascine toujours. Le gentleman-cambrioleur imaginé par Maurice Leblanc fera son retour sur Netflix le 23 octobre, sous les traits d’Omar Sy, à l’occasion de la quatrième saison de Lupin. Lancée en 2021, cette adaptation libre a largement contribué à remettre en lumière le personnage et à susciter un regain d’intérêt pour son œuvre. Une dynamique dont les éditeurs ont su tirer parti, en proposant des éditions renouvelées de ses aventures.
L’édition profite du phénomène
Archipoche, qui a relancé les aventures de Lupin dans une collection aux couvertures modernisées à l’occasion de la première saison de la série, revendique près de 500 000 exemplaires vendus sur l’ensemble de ses éditions consacrées au personnage et 35 % du marché poche. Pour Marguerite Mignon-Quibel, directrice des éditions L’Archipel et Archipoche, cette réussite tient notamment au calendrier de lancement : « Ce qui a permis cela, c’est sûrement que nous sommes arrivés les premiers avec cette nouvelle collection au moment de la saison 1. »
L’éditrice souligne également le rôle de la prescription et de la médiation en librairie, ainsi que celui de la préface signée Michel Bussi, lui-même grand amateur du gentleman-cambrioleur. « L’idée d’Archipoche, c’était de remettre en lumière ces grands classiques en proposant des objets et couvertures davantage au goût du jour pour favoriser la transmission intergénérationnelle », explique-t-elle.
Cette stratégie s’inscrit dans la ligne éditoriale de la maison, qui mise sur la réédition de textes patrimoniaux, notamment lorsqu’une actualité culturelle permet de les remettre en avant. La série agit ainsi comme une porte d’entrée vers l’œuvre originale, tout en offrant aux éditeurs une occasion de renouveler leur lectorat.
Les rééditions, un moyen de faire vivre le patrimoine littéraire
Chez Omnibus, les adaptations audiovisuelles constituent régulièrement une occasion de remettre en avant des œuvres déjà publiées. La maison prévoit notamment, pour la fin de l’année, une nouvelle édition des œuvres de Gaston Leroux à l’occasion de la sortie de l'adaptation cinématographique du Fantôme de l'Opéra.
Les premières éditions de l’intégrale d’Arsène Lupin chez Omnibus remontent au milieu des années 2000. En 2021, année de lancement de la série Netflix, les ventes ont été multipliées par six par rapport aux années précédentes, d'après la maison. Le premier volume s’est alors vendu à près de 4 000 exemplaires sur l’année. Le premier tirage de la nouvelle intégrale, répartie en trois volumes, parue le 15 octobre, a été fixé à 3 000 exemplaires par volume.
« Chaque adaptation d’une œuvre littéraire est l’occasion d’approcher un public qui n’aurait pas spontanément été enclin à s’y plonger, souligne Maxime Guillon, responsable commercial chez Récamier / Presses de la Cité. Qu'il s'agisse des lecteurs qui méconnaissent ces classiques et décident de franchir le pas, ou des non-lecteurs qui se prennent de passion pour les aventures d'Arsène Lupin et souhaitent les découvrir telles qu'elles ont été imaginées par leur auteur », résume-t-il.
Une passerelle vers d'autres genres
Cette dynamique ne se limite pas aux éditions en poche ou aux intégrales littéraires. La bande dessinée s’est elle aussi emparée du personnage, en le confrontant notamment à une autre figure mythique de la littérature policière : Sherlock Holmes.
Au Lombard, le premier tome de Sherlock Holmes contre Arsène Lupin, paru en juin 2025, s’est écoulé à 17 000 exemplaires depuis sa publication. Selon Manuel Soufflard, directeur marketing, ce résultat en a fait pour cette année le dixième meilleur lancement d’une nouvelle série adulte en bande dessinée franco-belge.
Cette performance témoigne, selon l’éditeur, de la capacité de ces personnages patrimoniaux à continuer d’attirer les lecteurs. Le deuxième tome paraîtra le 6 novembre et la maison déclare nourrir « légitimement de belles ambitions ».
Chez Bamboo, Arsène Lupin rencontre également un public important. Nazir Menaa, chargé des relations presse de la maison, indique que les ventes de la série atteignent 200 000 exemplaires tous tomes confondus, en comptant les six volumes, dont Le Bouchon de cristal qui a été réédité le 7 octobre.
Le manga s'empare aussi du phénomène
Créé par le mangaka Monkey Punch, Lupin the Third, édité chez Kana propose une réinterprétation du célèbre gentleman-cambrioleur. L'ouvrage a paru le 25 septembre avec un tirage initial de 35 000 exemplaires, d'après Christel Hoolans, directrice générale des éditions Kana et Le Lombard.
« Même si Lupin the Third et la série Netflix Lupin sont deux œuvres très différentes, elles partagent une même filiation autour du personnage créé par Maurice Leblanc », explique-t-elle. L’éditeur avait déjà publié Lupin the Third : Anthology en 2021, année de lancement de la série française. Si cette dernière a renforcé la visibilité du nom Lupin auprès du grand public, Christel Hoolans précise qu’il reste difficile d’en mesurer précisément les effets sur les ventes du manga, qui s’adressait avant tout aux lecteurs du genre et aux amateurs de l’œuvre de Monkey Punch. Le titre a néanmoins bénéficié d’un contexte favorable, alors que la licence demeurait peu connue du public francophone.
Avec ce nouveau titre, l’ambition est donc d’élargir le lectorat au-delà des seuls amateurs de manga : « Ils constituent naturellement le cœur de cible, mais nous espérons également toucher des amateurs de polars, d’aventure et, plus largement, des personnes qui connaissent le personnage de Lupin sans forcément être familières du manga japonais », indique Christel Hoolans.
Netflix, véritable moteur des ventes
Les adaptations audiovisuelles constituent un puissant levier pour les ventes de livres. Selon une étude menée par Netflix et NielsenIQ BookData sur la période 2017-2026, 84,2 % des programmes étudiés sont associés à un pic de ventes des œuvres dont ils sont issus. Arsène Lupin en est une illustration : en 2021, la sortie de la première saison a représenté 21 % des ventes totales des livres consacrés au personnage, avec jusqu’à 20 000 exemplaires vendus certaines semaines suivant sa diffusion.
