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Le théâtre des opérations

Le théâtre des opérations

Une usine qu’on vend en France, une autre qui «dégraisse», et une femme de pouvoir qui n’en a guère, c’est Elisabeth ou L’équité, la pièce de théâtre d’Eric Reinhardt.

 

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Par Olivier Mony ,
Créé le 25.10.2013 à 19h00 ,
Mis à jour le 30.10.2013 à 17h00

Ce sera le 12 novembre prochain. La première au théâtre du Rond-Point à Paris d’Elisabeth ou L’équité, introduisant Eric Reinhardt, l’auteur de Cendrillon et du Système Victoria (Stock, 2007 et 2011), au rang des auteurs dramatiques. Comme dans ces deux romans, l’oppression financière y est en habit de fête, et la morale (ou à défaut, la vertu et la dignité), cul par-dessus tête.

Elisabeth, c’est Elisabeth Basilico, la quarantaine élégante, plus ou moins heureusement mariée, deux enfants, directrice des ressources humaines du groupe industriel ATM, lequel appartient à un fonds de pension américain, Victoria Capital. Conséquence capitalistique de ce qui précède, Elisabeth est placée face au dilemme de devoir faire accepter aux syndicats un PSE (plan social d’entreprise) entraînant la suppression de 192 emplois, alors que des rumeurs naissent sur la vente d’une autre usine du groupe. Prise entre des exigences contradictoires, entre le dialogue social (ou ce qu’il en reste) en France et la méconnaissance des subtilités du droit du travail français à New York, entre la morale et l’obéissance, bon petit soldat de l’impérialisme financier, Elisabeth va devoir composer avec la schizophrénie du monde et la sienne. Jetée en pâture à l’opinion publique, elle s’y brûlera les ailes et ne trouvera le chemin d’une rédemption ambiguë qu’en se «réinventant» comme une moderne Christine Hoflehner, l’héroïne de Zweig.

Sur scène ou sur la page, Eric Reinhardt creuse son sillon. S’il y flirte aussi ouvertement avec la novlangue des marchés et d’une modernité dévoyée, c’est pour mieux la pervertir, y introduire un élément perturbateur, qui ici aussi (après Le système Victoria) semble être le désir et sa difficulté à être réduit à un simple échange de marchandises. Par son hiératisme discrètement ironique, on songe à Margin call, le film de J. C. Chandor. Les spectateurs (ou les lecteurs) inattentifs d’Elisabeth pourront croire la pièce didactique. Ce serait faire peu de cas de ces suspensions de temps et de séances qui la traversent de part en part : un homme et une femme qui ne s’affrontent que pour mieux se connaître, un P-DG qui regarde le ciel…

O. M.


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