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Librest, douze ans après

Quentin Schoëvaërt, cogérant d'Atout Livre et président du collectif Librest. - Photo OLIVIER DION

Librest, douze ans après

Le collectif initié par une poignée de libraires de l'est parisien regroupe aujourd'hui une entreprise et une association, qui entend passer de 10 à 20 librairies adhérentes en un an. _ par Clarisse Normand

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Par Clarisse Normand ,
Clarisse Normand ,
Créé le 15.02.2019 à 15h30

Plus rapide qu'Amazon ! Un client passant une commande auprès d'une des dix librairies de Librest peut la récupérer dans l'un de ces magasins en moins de 24 heures. Ce service permet à la petite association, créée il y a douze ans par sept libraires de l'est parisien, de répondre aux nouvelles exigences d'immédiateté apparues chez les consommateurs avec l'essor du commerce en ligne. Le dispositif repose sur un site portail, Librest.com ; un stock mutualisé de 350 000 références provenant des librairies partenaires, de La Générale Librest basée à Ivry et des distributeurs voisins qui ont passé un accord d'approvisionnement ; ainsi que sur une navette biquotidienne circulant entre les différents points de vente.

« Une vraie machine de guerre »

« L'union faisant la force, nous disposons d'une vraie machine de guerre », se félicite Xavier Capodano, gérant du Genre urbain (Paris 20e) et cofondateur du collectif. « La qualité de service que nous apportons ici au client est un vrai atout pour l'image de nos librairies », renchérit Quentin Schoëvaërt, cogérant d'Atout Livre (Paris 12e) et président de l'association Librest.

Dans les faits, le site Librest.com enregistre un chiffre d'affaires de 500 000 euros dont les deux tiers sont générés par les dépannages entre librairies, avec en moyenne des flux de 20 livres par jour et par magasin. Ces opérations de picking, sur lesquelles les libraires se font des remises de 30 %, ont aussi « l'avantage de faire tourner le fonds, car elles portent sur des titres peu grand public », souligne Jérôme Cuvelier, gérant de La Manœuvre (Paris 11e) et membre fondateur de Librest.

Aujourd'hui, l'efficacité du dispositif, testé et approuvé depuis son lancement en 2015, séduit d'autres librairies. Saluant son caractère « innovant », Folies d'encre (Montreuil) a rejoint Librest en septembre 2018, à l'instar des Mots et les choses (Boulogne-Billancourt), des Guetteurs de vent (Paris 11e) et des Nouveautés (Paris 10e) entrées en 2017 dans l'association. Au nombre de dix aujourd'hui, chacun des adhérents acquitte une cotisation annuelle de 100 euros, à laquelle s'ajoutent des coûts optionnels pour bénéficier de la navette (200 à 400 euros par mois).

L'arrivée des nouveaux venus s'étant faite naturellement, sur la base d'une même vision du métier, Librest souhaite accélérer le mouvement. « En 2019, nous visons le recrutement d'une dizaine de magasins supplémentaires à l'échelle du Grand Paris », lance Renny Aupetit, gérant du Comptoir des mots (Paris 20e) et du Comptoir des lettres (Paris 5e), et membre fondateur.

Sens du collectif

Toutefois, le développement de ce collectif ne découle pas que du long fleuve tranquille. Créée pour organiser l'échange d'expériences et développer des événements hors les murs, la petite association a vite changé de braquet. La légèreté de son organisation et les personnalités de ses membres fondateurs, dont plusieurs sont entrés dans le métier après d'autres expériences professionnelles (informatique, communication...), ont apporté à la structure une réactivité et une capacité d'initiative atypiques. Au-delà du slogan choc anti-Amazon « le lien social plutôt que l'évasion fiscale » ou de l'opération médiatique de livraison des commandes par un coursier à vélo, Librest a surtout repris, en 2009, auprès de France Télécom, La Générale du livre, à la fois grossiste et fournisseur des collectivités, ainsi que le site marchand Lalibrairie.com. Mais, dans ses développements, le collectif a perdu deux de ses membres fondateurs, Le Merle moqueur (Paris 20e) et Millepages (Vincennes), qui étaient les deux plus importantes librairies en chiffre d'affaires. Si ces dernières ont invoqué une volonté de se recentrer sur leur propre développement, des dissensions stratégiques voire personnelles auraient aussi joué un rôle. Dans le même temps, L'Art de la joie (Paris 15e) qui avait rejoint l'association en est depuis parti faute d'y avoir trouvé son intérêt.

Pour continuer son chemin, Librest a donc adapté ses structures. Afin de ne pas irriter les libraires franciliens qu'il concurrence durement sur le terrain des marchés publics, le collectif a séparé ses champs d'intervention. D'un côté, la société La Générale Librest, détenue par ses membres fondateurs, regroupe les activités de l'ex-Générale du livre et de Lalibrairie.com. A la fois fournisseur des collectivités, grossiste, distributeur et partenaire des maisons de la presse, cette dernière est organisée autour d'une plateforme logistique de 800 m2 à Ivry et a réalisé 5,8 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2018.

Continuer d'innover

De l'autre côté, l'association, en cours de renforcement, s'organise autour du site Librest.com, qui profite des outils de La Générale. Elle œuvre aussi pour des rencontres hors les murs, des échanges d'expériences, avec des réunions une fois par mois, et commence à développer des formations pour ses libraires, en partenariat avec des professionnels.

Ayant adopté un régime à la carte, Librest laisse ses membres libres de s'investir, ou pas, dans ses différentes initiatives. Mais le minimum requis est la mutualisation des stocks et le partage des expériences. Car, comme l'explique Quentin Schoëvaërt, « l'association a besoin de sang neuf avec des personnes motivées par l'envie de partager et d'innover ».

Enfin, Librest entend se faire davantage connaître du grand public. Une community manager, Nathalie Hegron, a été embauchée pour six mois avec la mission de développer, grâce aux réseaux sociaux, la notoriété de la marque et ses initiatives, parmi lesquelles la tenue d'une grande librairie, début avril, à La Ferme du buisson, pour le festival Pulp, consacré à la bande dessinée, ou encore le lancement national, fin avril à la Gaité lyrique, du nouveau livre d'Alain Damasio : Les furtifs (La Volte).

Librest

10 librairies  :

Atout Livre (Paris 12e), L'Atelier (Paris 20e), Le comptoir des mots (Paris 20e), Le Comptoir des lettres (Paris 5e), Le Genre urbain (Paris 20e), Les Guetteurs de vent (Paris 11e), Les Nouveautés (Paris 10e), La Manœuvre (Paris 11e), Les Mots et les choses (Boulogne-Billancourt), Folies d'encre (Montreuil)

100  salariés dont 20 pour La Générale Librest

19 M€  de CA dont 5,8 M€ pour La Générale Librest

L' association avec le site Librest.com

La Générale Librest avec une plateforme logistique de 800 m2 à Ivry et le site Lalibrairie.com

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