Brésil

Luiz Ruffato, « Remords » (Métailié) : Quelques jours à Cataguases

Luiz Ruffato - Photo © DANIEL MORDZINSKI

Luiz Ruffato, « Remords » (Métailié) : Quelques jours à Cataguases

En suivant un homme de retour dans sa ville de jeunesse, le Brésilien Luiz Ruffato fait le sombre portrait de son pays déliquescent. Tirage à 3000 exemplaires.

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Par Véronique Rossignol,
Créé le 02.04.2021 à 15h00,
Mis à jour le 23.04.2021 à 16h06

Si en lisant le mot « Brésil », vous pensez plages, samba et caïpirinha, si vous vous figurez de suaves et joyeux tropiques, Remords, situé dans la province intérieure du Minas Gerais d'où vient le romancier Luiz Ruffato, va sérieusement retoucher la carte postale. Et pas seulement parce que celui qui vous fait faire la visite guidée de Cataguases, sa ville natale, est un quinquagénaire au bout du rouleau. Pour Oséias, le narrateur, un représentant de commerce qui a fait sa vie à São Paulo, c'est un retour tout sauf triomphant à la case départ après vingt ans d'absence. Durant les six jours que dure son séjour - et le roman -, dans ces lieux où il n'a pas remis les pieds depuis l'enterrement de sa mère, on va suivre pas à pas, de retrouvailles décevantes en rendez-vous manqués, ce divorcé sans boulot et sans nouvelles de son fils.

De sa famille ouvrière d'origine italienne ne reste plus qu'une fratrie désunie dont les membres, deux sœurs et un frère qui ont connu des fortunes contrastées, s'ignorent tout en se jalousant. « Je suis un fantôme effrayé », constate l'homme hanté par le souvenir de leur jeune sœur suicidée à 15 ans. Tombant par hasard sur un amour d'adolescence, croisant un vieux prof d'art plastique homosexuel qui a sombré dans la misère ou découvrant qu'un de ses anciens condisciples du collège est devenu maire, il affronte un passé disparu. La ville industrielle de sa jeunesse, celle des usines textiles et des mines, les week-ends à la campagne dans la fazenda des grands-parents paysans, sont peu à peu engloutis dans un présent frénétique et agressif. « La ville est laide, sale, pue la pisse. »

L'auteur de Tant et tant de chevaux (Métailié, 2005) et À Lisbonne j'ai pensé à toi (Chandeigne, 2015), salué comme l'un des grands romanciers brésiliens, se tient au plus près de cet homme qui dissimule à ceux qu'il croise les signes de sa déchéance. En décrivant ses moindres gestes, ses routines machinalement répétées- le portefeuille qu'il tire de la poche arrière de son pantalon, les verres de lunettes qu'il essuie avec un pan de chemise -, le romancier fait ressentir physiquement l'envahissante nausée, la fatigue existentielle de son personnage. Et à travers son errance se lit le portrait en creux d'une société brésilienne déliquescente et profondément fracturée, gangrenée par la corruption et la violence. Un tableau désespérant.

Luiz Ruffato
Remords Traduit du brésilien par Hubert Tézenas
Métailié
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 20,60 € ; 256 p.
ISBN: 9791022611190

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