7 septembre > Roman Pays-Bas > Joost de Vries

Dans sa génération, il n’y en a pas d’autres que lui. Josip Brik, philosophe, spécialiste du "métadiscours sur Hitler", psychanalyste lacanien, anti-Derrida farouche, marxiste tardif, prince des paradoxes et des médias réunis. Une espèce de colosse fragile et sarcastique exerçant sur ceux qui l’entourent, disciples et cour réunis, une fascination durable où se mêlent admiration et tendresse. Au premier rang d’entre eux, son "bras droit", le jeune Friso de Vos, qu’il a choisi pour diriger Le Somnambule, la revue consacrée à "l’hitlerologie" dont il est l’un des fondateurs, et qui lui sert, avec sa compagne Pippa, tout à la fois de secrétaire, sparring-partner et fils spirituel. Un double coup du sort viendra sceller le destin de Friso. En reportage au Chili à la demande de son mentor, victime d’une mauvaise chute, il est hospitalisé lorsque la mort, mystérieuse et accidentelle, de Brik est annoncée. Il est impuissant et incapable de porter témoignage de son compagnonnage avec le grand homme. Et à son chagrin s’ajoute la stupéfaction de découvrir qu’un certain Philip de Vries, inconnu au bataillon des disciples, le remplace avantageusement devant les caméras et sur les scènes des colloques qui lui sont consacrés. Friso n’aura de cesse qu’il ne démasque l’imposteur, mais lorsqu’il pensera être en situation de le faire, une surprise l’attendra.

De Vries, c’est aussi le nom du plus doué des jeunes (34 ans) romanciers néerlandais, Joost de Vries, dont L’héritier, son deuxième roman et premier traduit en français, est une formidable réussite qui touche à tous les genres (roman d’espionnage, "campus novel", comédie sophistiquée) avec un égal bonheur pour mieux les pervertir. Il est moins question ici d’un exercice rhétorique de postmodernité que d’une libre variation furieusement ironique sur l’indécidabilité du réel et les chausse-trapes de l’identité. De Vries mène son affaire en virtuose, porté par son sens allègre du romanesque. O. M.

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