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Mangas.io : ce que rapporte la lecture par abonnement aux éditeurs de mangas

Mangas.io : ce que rapporte la lecture par abonnement aux éditeurs de mangas

Mangas.io : ce que rapporte la lecture par abonnement aux éditeurs de mangas

En forte progression depuis le début de l’année, la plateforme de lecture par abonnement Mangas.io offre de substantiels revenus complémentaires aux éditeurs de mangas. Elle veut s’imposer comme une alternative au piratage.

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Par Charles Knappek,
Créé le 13.06.2022 à 16h35

L’abonnement numérique est-il l’avenir du manga ? C’est le pari de Mangas.io, spécialiste de la lecture par abonnement lancé en mai 2020. Alors même que la part du numérique reste marginale dans le chiffre d’affaires global de la bande dessinée en France (mangas inclus), surtout en comparaison du Japon où le papier pèse moins de la moitié des ventes totales de mangas, Mangas.io revendique aujourd’hui plus de 40 000 comptes créés, avec une forte accélération depuis le début de l’année. « Pour 6,9 euros par mois, nous proposons à nos abonnés un accès illimité au catalogue numérique de nos éditeurs partenaires auxquels nous reversons une part de l’abonnement, au prorata de la lecture de chacune de leurs séries », résume Mélanie Galagain, responsable du marketing et de la croissance chez Mangas.io.

La formule permet aux éditeurs de récupérer 70 % du revenu net généré par les abonnements tout en ayant accès aux statistiques de lecture : un outil apprécié pour analyser les tendances. Et si Mangas.io ne communique pas encore sur le nombre de ses abonnés payants, ceux-ci sont « plusieurs milliers » et leur nombre connaît une progression constante, assure Mélanie Galagain.

De manière plus large, Mangas.io permet aussi aux éditeurs de composer – dans une certaine mesure – avec la réalité implacable d’un marché dominé par les pratiques de lectures numériques illégales. Quantités de titres paraissent en version papier en France alors qu’ils déjà été traduits en ligne et proposés en accès gratuit. Selon la société britannique Muso, spécialisée dans l’analyse du piratage, le téléchargement illégal de mangas a progressé de 58 % en 2021. « Ne pas prendre en compte cette pratique de consommation serait absurde », note Camille Mercier, président des éditions Nazca, qui figurent parmi les partenaires de Mangas.io. A ce titre, supports numérique et papier ont de plus en plus vocation à travailler de concert même s’il s’agit moins, dans le cas de Mangas.io, de lutter contre le piratage que d’en atténuer les effets en offrant les conditions les plus attractives possibles aux lecteurs.

Chiffre d’affaires additionnel

Un éditeur comme Kana, qui a rejoint Mangas.io en fin d’année dernière, va par exemple jusqu’à organiser des avant-premières sur la plateforme pour « lancer » ses titres. De son côté, Nazca propose sa série phare TODAG en traduction simultanée, misant sur l’effet mobilisateur des communautés de lecteurs, souvent très actives, pour générer des ventes papier. Sans parler des revenus issus directement de l’abonnement : au global, les droits reversés par la plateforme au titre de la lecture numérique représentent 6 % de chiffre d’affaires additionnel pour Nazca, pour un montant s’élevant « à plusieurs dizaines de milliers d’euros », selon Camille Mercier.

Contrairement aux modèles d’achat direct en numérique qu’on trouve sur d’autres plateformes et qui risquent de cannibaliser les ventes papier, Mangas.io s’inscrit davantage dans une logique de découverte. Les éditeurs y trouvent leur compte : « Dans le cadre d’un abonnement, on est plus proche de YouTube et de l’industrie musicale, décrypte Camille Mercier. Les clients qui apprécient peuvent passer à l’acte d’achat et ceux qui ne l’apprécient pas nous rémunèrent malgré tout par leur lecture numérique. » De la même manière pour Hicham Chennaf, co-fondateur des éditions ManEd, c’est la complémentarité entre papier et numérique qui fait l’attrait de Mangas.io : « Le partenariat génère des ventes additionnelles significatives pour ManEd, explique-t-il. Ce n’est pas le chiffre d’affaires qui est le plus intéressant à regarder, forcément moindre en numérique qu’en papier, c’est la communication réalisée par le numérique et qui génère des ventes papier. » Trois titres du catalogue ManEd représentant une vingtaine de tomes sont disponibles sur Mangas.io. Nazca de son côté propose sur Mangas.io l’intégralité de son catalogue numérique. Seules manquent les œuvres dont l’éditeur ne détient pas les droits numériques ou quand ceux-ci sont indisponibles.

Clientèle complémentaire

Si tous les éditeurs de mangas n’ont pas rejoint Mangas.io, la plateforme peut compter sur le partenariat de dix spécialistes pour proposer 4 500 chapitres issus de plus de 120 séries : outre Kana, ManEd et Nazca, on y trouve les catalogues des éditions Ki-oon, Akata, IMHO, Mahô, Kotoji, NaBan et Black Box. Chez Black Box justement, Mangas.io représente un revenu annuel compris 7 et 10 000 euros. Une part modeste en regard des quelque 500 000 euros réalisés par l’éditeur en 2021, mais qui lui permet de capter une clientèle complémentaire : spécialisé dans les mangas vintage, Black Box vend l’essentiel de sa production par correspondance, se contentant de travailler avec un panel restreint de 37 librairies spécialisées. Sa clientèle est surtout composée de lecteurs déjà dotés d’un certain pouvoir d’achat, entre 25 et 45 ans, les adolescents désargentés lui échappant largement. « Comme nous sommes peu visibles en points de vente physiques, Mangas.io nous permet de développer notre notoriété auprès d’un public plus vaste et plus jeune », décrypte Alexandre Régrény, fondateur-dirigeant de Black Box.

La formule est d’autant plus intéressante pour les éditeurs que Mangas.io est éligible au Pass culture. Celui-ci a permis « à plusieurs centaines de jeunes de découvrir notre service à moindre frais sur une durée limitée, de trois à six mois », détaille Mélanie Galagain. Mangas.io permet aussi de donner leur chance à certaines séries passées inaperçues lors de leur sortie papier. Chez Nazca, Soul Land avait pâti de la parution de son premier tome en mars 2020, en plein premier confinement. Le titre a finalement trouvé son public grâce à Mangas.io : « Des lecteurs rencontrés en festival nous ont acheté des tomes papier en nous expliquant qu’ils avaient découvert la série sur le plateforme », se réjouit Camille Mercier.

Mangas.io n’annonce pas, pour l’heure, de nouveaux partenaires éditeurs. Son prochain projet à très court terme est de rendre accessible « d’ici une semaine ou deux » la souscription d’un abonnement sur son appli. Jusqu’à présent, les lecteurs n’ont d’autre choix que de passer par le site Internet pour s’abonner.

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