20 SEPTEMBRE - CORRESPONDANCE France

Sido, née Adèle Eugénie Sidonie Landoy, mythifiée par sa fille cadette Colette, est morte il y a cent ans, le 25 septembre 1912, à 77 ans. "Le personnage principal de toute ma vie", dira d'elle son écrivaine de fille, désignée dans les quelque 400 lettres réunies ici par "Minet chéri", "mon toutou chéri", "mon poulet blanc" ou encore "trésor si beau"...

Préfacées par le spécialiste Gérard Bonal et accompagnées de notes, d'un index et d'un cahier photos, ces lettres qui débutent en 1903 lorsque Colette, 30 ans, vit encore avec Willy, permettent de mesurer l'écart entre la vraie Sido et le personnage inventée des années plus tard par sa fille. De retrouver aussi la liberté d'être de cette femme de caractère, athée déclarée dont la seule dévotion allait à la nature, aux animaux et, par-dessus tout, à ses quatre enfants, Juliette et Achille, le fils préféré, médecin, nés d'une première union avec un propriétaire terrien alcoolique mort prématurément, Léo et Sidonie Gabrielle, fils et fille de Jules Colette. Se dessine dans l'énergie de son écriture, pleine de spontanéité et de vivacité, le portrait plus nu d'une mère terriblement imposante, à l'amour possessif qui sait user de toutes les nuances du chantage affectif. Mère qui ne se prive pas de critiquer les choix de son enfant qu'elle sait exceptionnellement douée. "Quel dommage quand on a un talent comme le tien, d'aller danser au théâtre."

"Rien de bien saillant", note-t-elle souvent, tenant la chronique d'un quotidien trivial, terrien (santé, météo, problèmes financiers récurrents), qui cohabite avec de hautes aspirations esthétiques, accusant réception de cadeaux divers (chocolat, thés, fleurs, photos, coupures de presse...) que lui envoie Colette dont on lit en creux la distance respectueuse. "Ecris-moi", "Quand viens-tu ?". Ces suppliques qui ponctuent presque toutes les lettres se font plus pressantes encore à la fin quand Colette semble de plus en plus échapper à l'influence maternelle. Elle n'assistera pas à l'enterrement de Sido, ne portera pas le deuil mais construira, de La maison de Claudine à La naissance du jour, et bien sûr Sido, l'un des plus beaux mausolées littéraires dédiés aux déesses mères.

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