Présidentielle 2022

Mesdames et messieurs, que proposez-vous pour le livre ?

Le vote - Photo OLIVIER.DION

Mesdames et messieurs, que proposez-vous pour le livre ?

Pourtant déclaré « essentiel » et « Grande cause nationale », le livre est loin des préoccupations des candidates et candidats. Une poignée de mesures parviennent à émerger, comme la concentration dans l'édition ou le statut des artistes-auteurs. À l'aube du premier tour de l'élection présidentielle, LH Le Magazine a décortiqué les programmes et sondé les professionnels pour savoir quelles mesures prioritaires devraient être mises en place par le prochain ou chef de l'État.

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Par par Cécilia Lacour avec Marine Durand et Isabel Contreras ,
Créé le 01.04.2022 à 18h05

Février 2021. Le livre remporte la bataille du « commerce essentiel ». Quatre mois plus tard, la lecture devient même « Grande cause nationale ». Mais, au sein de la campagne présidentielle, force est de constater que le monde du livre ne bénéficie pas du tout de la même attention. Il disparaît au profit de l'immigration, la sécurité ou encore le pouvoir d'achat. Dans cette « campagne Tefal » qui « n'accroche pas », selon le directeur général de l'institut Ipsos Brice Teinturier, même ces thématiques ne parviennent pas à réellement s'imposer. Et entre la guerre en Ukraine et la hausse des prix des carburants, les préoccupations semblent clairement ailleurs.

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Au-delà du livre, quelle place pour la culture dans le futur quinquennat, alors qu'une note de la cour des Comptes datée de décembre dernier remet en cause le périmèrte, voire l'utilité du ministère ?- Photo OLIVIER DION

 

Comme si le livre était relégué au fond d'un tiroir. Celui de l'Éducation nationale, plus précisément. Pour Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Anne Hidalgo, Valérie Pécresse et Nicolas Dupont-Aignan, l'accès à la culture passe en effet par l'école. « L'éducation, nouvel axe de notre politique culturelle », promet ainsi la candidate socialiste dans son programme. De fait, la culture, et le livre par extension, se mêle à l'éducation populaire. Fabien Roussel et Yannick Jadot proposent notamment de créer un ministère de la Culture et de l'éducation populaire.

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ministère de la communication 182, rue st honoré 75001 paris- Photo OLIVIER DION

Levier de communication

Le ministère de la Culture, avec son périmètre actuel, pourrait-il être mis en danger au cours du prochain quinquennat ? Peut-être. Une note de la Cour des comptes, publiée en décembre dernier, met en évidence que « le rôle central d'initiateur joué par le ministère de la Culture a perdu de son caractère primordial ». Et ajoute par ailleurs : « Au point que certains en sont venus à poser la question de savoir si, au regard de l'importance prise par les grands opérateurs et alors qu'une partie significative des politiques a été décentralisée, il avait encore, en tant que tel, une réelle utilité. » Dans ses réponses au questionnaire envoyé par LH Le Magazine (1), Nicolas Dupont-Aignan veut « redorer le blason du ministère de la Culture, trop souvent imprégné du déconstructivisme et du multiculturalisme ambiants au détriment de la transmission et de la diffusion de la culture française, en lui donnant notamment les moyens d'une politique du livre ambitieuse. » Yannick Jadot souhaite davantage de décentralisation dans la culture. De son côté, Éric Zemmour a tout simplement assuré sur CNews, en mars dernier, « qu'il faudrait détruire » le ministère de la Culture qui, d'après lui, « ne remplit aucune de ses missions ».

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Présidentielle 2022- Photo OLIVIER.DION

 

Et pourtant. C'est sur la culture que misent les candidates et candidats pour convaincre le corps électoral. Le livre, en particulier, devient même un puissant levier de communication. Depuis le second semestre 2021, neuf prétendants et prétendantes à l'Élysée sur douze - Jean-Luc Mélenchon, Nathalie Arthaud, Fabien Roussel, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Jean Lassalle, Valérie Pécresse, Nicolas Dupont-Aignan et Éric Zemmour - ont en effet publié un ouvrage pour dévoiler leurs ambitions pour la France. Quatre d'entre eux ont par ailleurs dévoilé leurs droits d'auteur dans leurs déclarations d'intérêt et d'activité auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) (2).

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Affiche Stop Bolloré- Photo OLIVIER.DION

 

Malgré ces liens étroits, le livre occupe une place plus que marginale dans la campagne pour l'élection présidentielle des 10 et 24 avril. Il n'apparaît pas dans certains programmes, comme ceux de Nathalie Arthaud ou Philippe Poutou qui font l'impasse sur la culture. C'est aussi le cas de Marine Le Pen et Éric Zemmour qui exhibent pourtant la culture comme un marqueur d'identité. Dans son programme, dévoilé jeudi 17 mars, le président-candidat Emmanuel Macron laisse également transparaître peu d'informations sur ses ambitions culturelles. S'il souhaite de « nouvelles commandes publiques artistiques à travers la France pour soutenir les jeunes créateurs », il ne propose, pour l'heure, aucune mesure pour le livre.

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Soirée "Stop Bolloré" de gauche à droite:Denis Robert, Marion Mazauric, Daniel Shneidermann et Sylvain Bourmeau.- Photo OLIVIER.DION

Une poignée de propositions

Malgré tout, une poignée de propositions spécifiques au livre se dessinent dans les programmes, les prises de parole dans les médias ou encore sur Twitter. Deux dossiers brûlants sont en particulier commentés par les candidates et candidats. À commencer par le mouvement de concentration dans l'édition, à l'heure où l'éventuel rapprochement entre les groupes Vivendi et Lagardère laisse planer une fusion d'Editis et Hachette Livre. Et inquiète l'ensemble de la chaîne du livre. Anne Hidalgo, Jean Lassalle, Yannick Jadot se prononcent clairement pour la « liberté de la création », la diversité ou encore l'indépendance pour le monde du livre. « Il faut casser les monopoles dans le monde de la culture », insiste Jean-Luc Mélenchon devant les caméras d'Élysée 2022, diffusée sur France 2. Sur Twitter, le candidat de la France insoumise se dit même prêt à « nationaliser [Hachette] temporairement » afin « d'empêcher cette concentration étouffante ». Il est, avec Yannick Jadot, l'un des plus fervents défenseurs de la liberté éditoriale : tous deux prévoient des lois anti-concentration dans l'édition s'ils sont élus.

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bureau de votes de Nemours en Seine-et-Marne- Photo OLIVIER DION

 

Second dossier brûlant : le statut des artistes-auteurs. Leurs représentants avaient interpellé l'État, dénonçant un partage inégal de la valeur au profit d'autres acteurs de la chaîne du livre. Un an après la publication du rapport Racine, l'actuelle ministre de la Culture Roselyne Bachelot a lancé la mission Sirinelli afin d'accompagner les négociations interprofessionnelles. Celles-ci se sont soldées par un échec. Mais le dossier intéresse les candidates et candidats. Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon prennent fait et cause pour les auteurs. « Les artistes-auteurs seront doté.e.s d'un authentique statut, plus protecteur et garantissant effectivement leurs droits sociaux et leurs rémunérations », assure le candidat du Parti communiste français. Jean-Luc Mélenchon promeut, quant à lui, quelques recommandations de Bruno Racine. Il promet ainsi de « créer un Centre national des artistes-auteurs qui organisera des élections professionnelles afin de concevoir un régime de protection sociale adapté ». Yannick Jadot et Anne Hidalgo veulent simplement assurer aux autrices et auteurs une rémunération « juste » et « garantie ».

 

Trois candidats se penchent par ailleurs sur le droit d'auteur. Yannick Jadot promet de porter « une attention particulière » à la défense du droit d'auteur « face aux nouveaux usages de la culture numérique ». Nicolas Dupont-Aignan souhaite « abroger la loi Hadopi et assurer une juste rémunération des auteurs grâce aux mécanismes d'une licence globale ». Ce second point est aussi porté par Jean-Luc Mélenchon.

 

Voilà pour les principales mesures annoncées pour le livre. Les librairies et les bibliothèques ? Elles sont tout simplement oubliées des programmes. Seul Yannick Jadot promet spontanément de soutenir et encourager les « actions et projets » des librairies indépendantes. Dans ses réponses au questionnaire envoyé par LH Le Mag, Nicolas Dupont-Aignan souhaite inciter « par des mesures fiscales l'ouverture de librairies dans les territoires peu dotés » et se montre « favorable à ce que les librairies accèdent à un statut particulier interdisant leur fermeture pour quelque motif que ce soit » en cas de nouvelles « menace de confinement ». Le candidat de Debout pour la France est par ailleurs le seul candidat à proposer une mesure pour les bibliothèques : celle d'augmenter les « fonds de livres audio et en braille ».

 

Alors, en l'absence de propositions concrètes sur l'ensemble des enjeux du monde du livre, LH Le Magazine a sondé plusieurs professionnels : quelles mesures prioritaires attendent-ils du prochain chef de l'État ? Réduire la TVA pour le livre, construire des médiathèques dans des quartiers prioritaires ou encore exonérer les libraires des loyers et des charges fiscales sont autant de suggestions émises par les professionnels interrogés. Leurs voix seront-elles entendues des candidates et candidats et, a fortiori, du prochain président ou de la prochaine présidente de la République ?

 

 

(1)LH Le Magazine a transmis un questionnaire aux candidates et candidats afin de recueillir leurs propositions sur le livre. Seul Nicolas Dupont-Aignan a répondu à ce questionnaire.

(2) Lire « Carnet de campagne #8 : le programme culturel de Macron en construction » (livreshebdo.fr, 11 mars 2022).

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