Mo Yan ou la satire sociale chinoise

Mo Yan ou la satire sociale chinoise

Mo Yan

Mo Yan ou la satire sociale chinoise

Le romancier Mo Yan, 57 ans, a reçu aujourd'hui le Prix Nobel de littérature. Auteur de dizaines de romans incisifs sur la société de son pays, il est le quatrième Asiatique à recevoir ce prix depuis 1901.

avec sp Créé le 15.04.2015 à 20h04

Un « événement heureux pour la littérature chinoise » commente l'Association des écrivains chinois. « Cela fait des années que les Chinois l'attendaient, qu'ils en rêvaient, d'un Nobel, un vrai, surtout celui de littérature », a renchéri à Pékin Sylvie Gentil, l'une des premières traductrices de Mo Yan.

L'Académie suédoise a récompensé Mo Yan parce qu'« avec un réalisme hallucinatoire, il unit conte, histoire et le contemporain » (voir Mo Yan, Prix Nobel de littérature 2012). Son oeuvre suit en effet un double aspect : poétique et social.

L'écrivain, le deuxième auteur en langue chinoise à recevoir le Nobel de littérature 12 ans après le Français Gao Xingjian, a déclaré de son côté à l'agence Nouvelles de Chine : "En apprenant qu'on m'avait décerné cette récompense, j'ai été très heureux". Le lauréat ajoute qu'il va se "concentrer sur la création de nouvelles oeuvres."

"Mais je pense que ce prix ne signifie pas tout. Je crois que la Chine dispose de nombreux auteurs très doués. Leur production brillante mérite également d'être reconnue dans le monde", a ajouté le romancier depuis son village de Gaomi, dans la province du Shandong, au sud de Pékin.

Premier auteur chinois, et seulement quatrième écrivain asiatique, à recevoir la prestigieuse récompense, Mo Yan a fermé son téléphone et est injoignable depuis des jours et le début des rumeurs sur sa possible nomination. Il était l'un des favoris avec Murakami, Roth et Munro. "Je suis sûr qu'il répondra (aux questions) à un moment donné, mais je suis sûr aussi qu'il prendra son temps et viendra avec une réponse prudente", a estimé Eric Abrahamsen, un expert américain en littérature chinoise, familier de l'auteur, cité par l'AFP.

Une vingtaine de romans en France


Auteur de quelque quatre-vingts romans parus essentiellement au Seuil et chez Philippe Picquier, dont une vingtaine édités en France, Mo Yan est notamment l'auteur du Radis de Cristal et du Clan du Sorgho. Son regard acéré sur la société chinoise ne l'empêche pas d'être très lu dans son pays.

Né en Chine orientale en 1955, Mo Yan - de son véritable nom Guan Moye - est fils de cultivateurs. Au moment de la Révolution culturelle communiste, il est exclu de l'école parce que son grand-père a été propriétaire ; il doit se consoler en parlant à son vieux buffle Mongol.

Il rejoint ensuite l'Armée populaire de libération, seul moyen pour enseigner, suivre des études, lire, et écrire. Son premier succès est Le radis du cristal, l'histoire poétique d'un enfant vagabond dans la campagne chinoise.

A côté de cet art du récit onirique, Mo Yan manie la plume pour décrire ce qui l'entoure. Dans Le clan du sorgho publié en Chine en 1987, et paru en français chez Actes Sud en 1990, il croise plusieurs récits de la vie sociale de sa région au XXe siècle, entre vie des paysans, occupation japonaise et banditisme. Le roman sera adapté au cinéma par Zhang Yimou, sous le nom du Sorgho rouge, et recevra l'Ours d'or du Meilleur film à Berlin l'année suivante.

Raffinements de cruauté et luxe de détails

Le romancier utilise une veine satirique parfois jugée subversive par ses détracteurs, telle que dans La mélopée de l'ail paradisiaque (1988, en français chez Messidor en 1990), Le pays de l'alcool (1992, puis au Seuil 2000) ou La dure loi du karma (2006, en français en 2009 au Seuil).

Dans Le pays de l'alcool, le Parti communiste élève des enfants comme on le fait d'un bétail. Le supplice du santal (2004, Seuil 2006) évoque quant à lui les dernières heures de la dynastie des Qing vers 1910, notamment par des raffinements de cruauté décrits avec un luxe de détails peu commun.

Autre ton, celui d'une truculence presque rabelaisienne, incarné dans Beaux seins, belles fesses (1996, en français 2004 au Seuil), un « roman énorme et vigoureux consacré à la Chine du second XXe siècle (...), fresque où l'histoire et la politique s'entrecroisent » comme le qualifiait à l'époque un avant-portrait de Jean-Maurice de Montremy paru dans Livres Hebdo.

« Guerre, maoïsme, Révolution culturelle et capitalisme sauvage » sont traversés dans ces pages. A cause de son traitement insolite de l'histoire officielle, Mo Yan doit réviser son texte trois fois jusqu'à la version définitive en 2001.

Son dernier roman, Grenouilles (2009, en français au Seuil en 2011) montre les conséquences de la politique chinoise de l'enfant unique. Son regard caustique n'est donc pas près de s'éteindre.

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