C'est grâce à Tatiana de Rosnay, qui avait découvert, à Londres, Tant qu'il y aura des cèdres traduit en anglais, que Pierre Jarawan est aujourd'hui publié en France par les Editions Héloïse d'Ormesson, éditeur de la célèbre romancière franco-britannique, sans doute touchée par cette histoire qui se situe entre deux pays, l'Allemagne et le Liban.

« J'ai pris le meilleur des deux cultures », dit Pierre Jarawan, fils d'un Libanais chrétien de Zahlé, capitale de la province de la Bekaa, et d'une Allemande. Le jeune homme comprend un peu l'arabe mais écrit dans la langue de Goethe.Il affirme n'avoir jamais connu « le moindre problème d'intégration », et se sent chez lui en Allemagne, tout comme il se sent chez lui lorsqu'il arrive au Liban. Il existe en allemand un mot, Heimat, qui exprime ce sentiment viscéral d'appartenance à un pays, que le français « patrie » rend imparfaitement.

Jeu de pistes

Aussi est-ce tout naturellement que Jarawan, lorsqu'il s'est lancé dans le roman, n'a pu écrire que sur le Liban. « Ma génération, la deuxième, écrit sur son pays d'origine, dit-il. Pour écrire sur l'Allemagne, il faudrait que je vive au Liban. » Une réinstallation qui n'est pas à l'ordre du jour, même si Jarawan retourne chaque année au pays du cèdre où il a encore sa famille paternelle.

Justement, Tant qu'il y aura des cèdres, roman très personnel même s'il ne se veut « pas du tout autobiographique », raconte l'histoire de Samir, un jeune Libanais d'Allemagne qui, bien après la disparition soudaine et inexpliquée de son père, lorsqu'il avait huit ans, puis la mort de sa mère, part au Liban persuadé que c'est là-bas que cet homme adoré, qui inventait pour lui des histoires fantastiques, s'est réfugié.

Dans sa quête, Samir va se rendre compte que les contes que lui livrait son père n'étaient pas si imaginaires que cela. La plupart de ses personnages, cryptés, étaient authentiques. Il va les retrouver, au fil d'un véritable jeu de pistes, raconté, également, à la manière d'un conte oriental. Avec une écriture assez orale.

Jarawan avait fait ses premières armes en composant des textes de slam poétique et en les interprétant sur scène avec succès. Il a gagné des championnats, remporté de nombreux prix dans cette discipline bien différente du slam à la française, très professionnelle outre-Rhin, plus littéraire et sans musique, tout pour le texte, dont nombre d'artistes vivent confortablement. Aujourd'hui, Pierre Jarawan ne le pratique plus, il est devenu écrivain « à plein temps ».

En Allemagne, son roman, paru en 2015, a remporté plusieurs prix littéraires, figuré dans la sélection du Spiegel, et s'est vendu à 60 000 exemplaires en grand format, puis à 10 000 en poche. Six traductions sont sorties (Pays-Bas, Royaume-Uni, Etats-Unis, France) ou en cours (Espagne et Brésil).

Et, ce mois-ci, paraît le suivant, Ein Lied für die Vermissten (littéralement : Un chant pour les oubliés). « A la fois différent du premier dans sa structure, explique l'auteur, mais stylistiquement assez proche », et qui traite du Liban, à partir de 1990 et de la fin de la guerre civile. Le narrateur est un enfant. Pierre Jarawan n'en a pas fini avec le Heimat de son père.

Pierre Jarawan
Tant qu'il y aura des cèdres
éd. Héloïse d’Ormesson
Tirage: NC
Prix: 23 euros
ISBN: 9782350877013

En dates

1985

Naissance à Amman, Jordanie.

1989

Sa famille, qui a fui le Liban en guerre, s'installe en Allemagne, près de Stuttgart.

2006

Première performance en slam poétique.

2012

Champion international de slam poétique.

2015

Parution de « Tant qu'il y aura des cèdres », grand succès en Allemagne. Devient écrivain à plein temps.






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