Témoignages

Pourquoi les auteurs font appel aux agents ?

PARIS, FRANCE - FEBRUARY 22: Writer Aurélie Valognes is photographed for Grazia Magazine, on February, 2018 in Paris, France. (Photo by Thomas Laisné/Contour by Getty Images). (EDITOR'S NOTE: Photo has been digitally retouched). - Aurelie Valognes, Grazia Magazine, February 2018 - _TLN9484 rt - Photo CRICHER - CONTOUR - THOMAS LAISNÉ - THOMAS LAISNÉ

Pourquoi les auteurs font appel aux agents ?

Aurélie Valognes, Yann Queffélec, Salomé Kiner et Hervé Le Tellier ne peuvent plus se passer de leur agent : ils s'expliquent.

J’achète l’article 1.50 €

Par Isabel Contreras,
Créé le 24.10.2021 à 11h30,
Mis à jour le 24.10.2021 à 19h34

Aurélie Valognes : « J’ai envie d’avoir quelqu’un à mes côtés »

« J’en suis à mon huitième livre, je n’ai pas encore d’agent, et je suis très heureuse ! Mais plus les choses prennent de l’ampleur, plus j’ai envie de me simplifier la vie. Entre l’étranger, les adaptations BD, les projets audiovisuels, je veux être sur tous les projets, me sentir maîtresse de tout ce qui va porter mon nom, et ça commence à faire beaucoup pour une seule personne. J’ai vraiment envie de pouvoir m’enlever certaines choses de la tête : quand je lis des contrats pour une adaptation, je me rends bien compte que je ne suis pas juriste, que je suis capable de passer à côté des petites lignes… Des agents m’ont démarchée et certains noms très connus à l’étranger peuvent m’attirer, mais jusqu’à présent je n’ai pas trouvé la perle rare. Ma recherche était sur la table depuis plus d’un an, en toute transparence vis-à-vis de mon éditrice chez Fayard, quand nous sommes entrés en période Covid. Je l’ai alors mise de côté car je tiens à la rencontre physique pour trouver la bonne personne. Je ne veux pas quelqu’un qui prenne tout en charge ou un agent qui vienne juste pour prendre un pourcentage sur un gros coup. Je veux un partenaire avec lequel on s’assure de défendre mes romans le mieux possible à l’étranger et dans le monde audiovisuel, un partenaire qui est capable de m’accompagner sur la durée sachant que mon écriture va évoluer et que j’aimerais avoir quelqu’un à mes côtés. »
 
Yann Queffélec. - Photo BRUNO LEVY



Yann Queffélec : « Évaluer l’auteur à sa juste valeur »

« J’ai connu l’époque où il aurait été scandaleux pour un écrivain de s’accompagner d’un agent auprès de son éditeur, car celui-ci jouait tous les rôles en même temps, y compris celui d’agent, de papa-maman, et ça se passait généralement très bien. Un certain nombre de crises économiques sont intervenues et l’agent en a profité pour avoir du sens dans cette relation. Il a révélé à l’écrivain qu’il y avait un monde de chiffres chez l’éditeur, et que ce monde n’était pas forcément celui qu’il pensait connaître, qu’il était plus complexe. Or cette complexité, l’agent la maîtrise pour lui, ce qui est extrêmement rassurant pour l’écrivain : ça lui allège son humeur et ça lui permet de redoubler d’assiduité envers sa page blanche. En quelque sorte, l’agent est là pour évaluer son auteur à sa juste valeur et en discuter avec l’éditeur, ce qui permet aussi de retrouver une relation auteur-éditeur pure, débarrassée de toutes ces notions-là. Je m’entends d’ailleurs très bien avec mes éditeurs chez Calmann-Lévy, et je n’entends jamais parler de tout ça parce que Camille Trumer s’en occupe avec délicatesse et brio. Il est mon premier agent depuis cinq ans maintenant, et je ne peux plus me passer de lui, c’est mon ombre ! Il gère absolument tout le chiffre de mon travail, me conseille pour chaque contrat ou proposition que je reçois, et il est formidable sur le cinéma puisqu’il était numéro 2 chez MK2. Je souhaite à d’autres auteurs d’avoir cette même relation de totale confiance avec leur agent. »
 
Salomé Kiner - Photo © MARIE TAILLEFER

Salomé Kiner : « Une aide précieuse »

« J’ai hésité à prendre un agent mais je me suis vite dit que ce n’était pas indispensable pour un premier roman, d’autant plus que j’ai trouvé un éditeur assez rapidement. Une fois mon manuscrit fini, je l’ai fait lire à deux amies autrices, car je n’étais pas du tout sûre que mon texte soit publiable. Elles m’ont rassurée et m’ont conseillée de l’envoyer à mes cinq éditeurs préférés, puis aux cinq suivants en cas de refus. J’avais une bonne idée du panorama éditorial et de ce qui me paraissait convenir à mon livre, mais je suis passée par les voies traditionnelles. J’ai reçu plusieurs réponses positives, j’étais extrêmement surprise ! J’ai finalement choisi Christian Bourgois Éditeur parce que le catalogue de cette maison a eu beaucoup d’importance dans ma formation littéraire, et parce que l’équipe me plaisait. J’ai tout de même fait appel à Karine Lanini, de l’agence Kalligram, pour lire mon contrat car je n’étais pas sûre de pouvoir gérer ça toute seule. Au départ, nous avons discuté de manière informelle puis, comme je voyais qu’elle m’était d’une aide précieuse et que je lui prenais beaucoup de temps, nous nous sommes mises d’accord pour qu’il s’agisse d’une mission rémunérée. J’ai également décidé de collaborer avec elle pour les droits audiovisuels. »

 
Hervé le Tellier pour son livre Anomalie chez Gallimard - Hervé le Tellier - Goncourt 2020 - Photo OLIVIER DION

Hervé Le Tellier : « Je ne peux plus me passer de mon agent »

« Cela fera bientôt treize ans que Pierre Astier est mon agent. J’ai fait appel à lui à la sortie de mon livre Je m’attache très facilement (Mille et une nuits) chez Other Press, aux États-Unis et en numérique. Hachette m’avait proposé un avenant au contrat pour ces droits numériques : 90 % du prix net du livre dématérialisé pour eux, 10 % pour moi. L’éditeur se voulait rassurant sur ce marché « embryonnaire » mais j’ai trouvé cela scandaleux sur le fond. Avec d’autres écrivains, dont Gilles Rozier et Cécile Guilbert, nous avons publié une tribune dans Le Monde intitulée « Un spectre hante l’édition » sur les droits numériques. La situation s’est ensuite calmée, j’ai négocié mes droits mais j’ai surtout gardé mon agent. Je ne peux plus me passer de lui. Il est franc et honnête, et me permet de mieux vivre aussi : en négociant mieux que je ne saurais le faire avec l’éditeur, l’agent parvient à augmenter, en moyenne, de 20 % mes revenus, et de garder certains droits, comme l’audiovisuel. Pour L’Anomalie (prix Goncourt 2020), Pierre Astier a facilité les premières cessions de droits en Allemagne et en Italie au printemps 2020, et c’est lui qui a négocié les options d’adaptation six mois avant la sortie du livre. J’étais son enjeu de la rentrée, bien avant que le livre n’arrive en librairie. »

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités