Premier Roman/Italie 22 août Mirko Sabatino

Bien que l'auteur, Mirko Sabatino, né à Foggia, dans les Pouilles, en 1978, n'ait pas connu ces années 1960 où se situe son roman, il les décrit avec un grand réalisme, un néoréalisme même, en référence au cinéma de ces années-là, qui dépeignait volontiers une Italie pauvre, modeste, surtout le Mezzogiorno. Au fond, tout cela, ce Sud des humbles, encore largement traditionnel, n'a pas tellement changé, à l'exception des grandes villes.

Mais Troia, dans la presqu'île du Gargano, où se déroule L'été meurt jeune ressemble toujours à ce qu'elle était en 1963. Un village désert, écrasé de soleil, où tout, y compris les méfaits, se passe à l'intérieur des maisons, des fermes pour la plupart, persiennes fermées. Il y a quelques jeunes, qui traînent leur ennui, leur mal-être, et font donc des bêtises, pour s'occuper, en attendant de quitter peut-être, si Dieu le veut, ce « village de merde ».

Le trio héroïque de Sabatino est composé de Damiano, qui ressemble à un petit Paul Newman, fils de l'agriculteur Michele Danza, aussi fier de sa toute nouvelle moissonneuse que de sa femme, la belle Laura, une ancienne actrice qui aurait pu faire carrière, mais a tout quitté (Cinecittà, Fellini...) par amour, pour venir s'enterrer dans ce trou où son mari, follement jaloux, la séquestre à la maison. Cela ne l'empêchera pas, un soir, de manquer d'être violée par Vito Canosa, le père de Sabino, une brute, caïd d'une bande de voyous, l'ennemi juré de Damiano. Sinon, ses deux seuls amis sont le petit Mimmo, dont le père M. Lepore, surdoué mais incohérent, fait régulièrement des séjours à l'asile de fous, et Primo, le narrateur. Son père à lui, qu'il adorait, instituteur, est mort à 27 ans, laissant à son fils une lettre bouleversante que celui-ci conserve toujours sur lui, dans sa poche, comme un talisman. Il lui demandait notamment de veiller sur sa jeune sœur, la belle Viola, laquelle ne laisse pas Damiano insensible.

Si Mimmo a été voué par sa mère et sa grand-mère, deux bigotes, à devenir prêtre, les deux autres traînent sans but, jusqu'aux jours où a lieu une bagarre avec Sabino, puis l'agression contre Laura Danza, et enfin la découverte par les garçons du comportement ignoble du curé Don Gerardo. Plutôt considéré comme un brave homme parce qu'il a sauvé un Juif pendant la guerre, et qu'il prend soin de Carmine, l'ancien poissonnier défiguré et à moitié fou, sa femme et ses deux enfants ayant péri dans l'incendie de leur maison à cause de la cigarette qu'il fumait en s'endormant, le curé abuse depuis des mois de Viola, et l'a même déflorée. Tout cela mérite vengeance. Damiano, Primo et Mimmo ont signé un pacte du sang afin de châtier les coupables, tous les salauds du village. Mais les choses ne se passeront pas comme ils l'avaient prévu.

Ce premier roman, qui a suscité l'enthousiasme en Italie, obtenu plusieurs prix et est en cours d'adaptation au cinéma (le film exigerait le noir et blanc) est une divine surprise, un roman âpre et beau, comme les Pouilles elles-mêmes, sur la fin de la jeunesse.

Mirko Sabatino
L’été meurt jeune - Traduit de l’italien par Lise Caillat
Denoël
Tirage: 4 500 ex.
Prix: 19,90 euros ; 288 p.
ISBN: 9782207142301

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