Constitué grâce à la refonte de deux ouvrages partiels, ce Grand atlas de l’Antiquité romaine est une somme, qui réinvente notre lecture de l’histoire romaine. Par ses curseurs chronologiques d’abord : ici, le déroulé ne court pas du 21 avril 753 av. J.-C., date légendaire de la fondation de l’Urbs par Romulus, jusqu’en 476, année de sa prise par les Ostrogoths d’Odoacre, considérée comme la fin de l’Empire romain d’Occident. La réalité est plus complexe et moins schématique.
On part du IIIe siècle avant J.-C., le moment où, sortie victorieuse des terribles guerres puniques (264-201), Rome se pose en maîtresse de l’Occident méditerranéen. Et le voyage s’achève dans l’Antiquité tardive post-romaine, après que l’Empire, attaqué sur toutes ses frontières par des poussées de peuples "barbares" et rongé de l’intérieur par de profonds bouleversements, se fut effondré et retrouvé morcelé en royaumes : wisigoth, vandale, ostrogoth, burgonde, franc…
Chemin faisant, les auteurs tordent le cou à quelques idées reçues, notamment celle de la "décadence romaine", qui n’a pas existé : le concept est né au XIXe siècle, popularisé par Gibbon. Ils analysent en revanche les paramètres qui ont causé cette chute : impossibilité militaire de détruire tous les "barbares" qui venaient assaillir le limes, la "grande muraille" frontière, problèmes économiques, notamment fiscaux, christianisation, qui sape les bases du paganisme et du culte impérial, dilution de la citoyenneté romaine depuis l’édit de Caracalla, qui, en 212 apr. J.-C., accorde celle-ci à tous les hommes libres de l’Empire, alors qu’auparavant elle se gagnait ou se méritait. L’Empire romain, lui, survécut et se métamorphosa en Orient, à Constantinople, durant encore près d’un millénaire. Mais c’est une autre histoire, non moins passionnante.
Moderne tant par le fond que par la forme (cartes, schémas, infographie, couleurs), ce Grand atlas est destiné à devenir un ouvrage de référence.
J.-C. P.
