Métiers du livre : tout un roman 1/5

Serge Joncour en résidence

Serge Joncour en résidence

Serge Joncour - Photo David Ignaszewski/Koboy/Flammarion

Serge Joncour en résidence

Les romanciers de l'automne s’inspirent de leur quotidien pour mettre en scène un écrivain après la publication de son ouvrage, à la rencontre des divers acteurs de la chaîne du livre. A l’occasion de la rentrée littéraire, voici tout au long de la semaine des extraits de ces romans se faisant l'écho de scènes bien connues des professionnels du secteur.

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Par Anne-Laure Walter,
Créé le 25.08.2014 à 12h43

Dans L’écrivain national, Serge Joncour met en scène un écrivain en résidence d'écriture qui va se trouver mêlé à une histoire de disparition et de trafic de bois dans la forêt avoisinante. “Ce roman est parti de deux envies : celle d'écrire sur un fait divers et celle de retranscrire cette vie insolite qui consiste à se balader de ville en ville pour parler de ses livres, explique l’auteur à Livres Hebdo. Ce texte partait aussi de la question : socialement, à quoi sert un écrivain, et est-ce qu'il doit servir à quelque chose ?”

Le onzième roman de Serge Joncour, qui paraîtra le 27 août chez Flammarion, a été écrit quasiment en situation, alors qu'il était en promotion pour son précédent livre, L’amour sans le faire. “Sans basculer dans le recueil d'anecdotes, j'ai voulu parler de cette sorte d'activité secondaire pour un écrivain qui est la rencontre de ses lecteurs.”

Le héros de L'écrivain national est donc invité dans une petite ville du centre de la France pour un séjour d’écriture et doit participer à des rencontres, des ateliers d'écriture et des séances de dédicaces. Extraits.

Le maire aurait préféré inviter un handballeur
“Toujours est-il que j'étais invité en tant qu'auteur en résidence, et ce à l'intiative d'un libraire plutôt avisé à mon goût, avec l'aval soi-disant enthousiaste de la responsable de la médiathèque, mais sur les budgets d'un maire qui lui, je le comprendrais vite, aurait largement préféré un handballeur ou un judoka, voire un navigateur, alors que la première façade maritime est située à plus de cinq cents kilomètres de là.”

L'opiniatreté de deux libraires acharnés
“Pas de doute que c'était la force de conviction des deux libraires qui avait réussi à draîner tous ces lecteurs, ils avaient dû les tarabuster depuis des semaines, leur clientèle comme leurs connaissances, qui s'étaient donc sentis obligés de venir. Pas tant pour moi que pour honorer l'opiniâtreté de ces deux acharnés qui tenaient la librairie à bout de bras depuis dix ans. C'est pour ça qu'il y en avait autant. Personnellement je serais incapable de rameuter autant de monde, si un jour je devais organiser mon anniversaire, pas sûr que je parvienne à en rassembler le quart.”

Traquenard à la bibliothèque
“Chaque fois que je me retrouve dans une bibliothèque pour une rencontre je suis partagé entre la totale reconnaissance et la crainte de décevoir. J'en viens même à douter du désir de la biliothécaire, de sa réelle envie de m'inviter, en particulier celle-ci à côté de moi, Mlle Andrée, d'autant que ce soir le déroulement était inédit, elle avait conçu la séance d'une façon radicalement innovante. Dans le souci d'impliquer véritablement ses adhérents, ce n'était pas à moi de parler, mais à eux, chacun leur tour. Du coup je ne disais rien et me retrouvais face à un détachement clairsemé de lecteurs, j'en avais compté neuf, uniquement des femmes.”

La journaliste de la rubrique culture est souffrante
“Le journaliste me glissa que ce n'était pas lui qui aurait dû venir, c'était Isabelle, sa collègue de la rubrique culturelle, mais Isabelle était malade.
[...] Je me rendais compte que ce type était moyennement motivé par l'idée de faire un article sur un auteur de passage dans la région, il m'avoua n'avoir lu aucun de mes livres, il avait tout juste parcuru les quatrièmes de couverture, et ça lui avait paru bien.
- Ne vous en faites pas, le rassurai-je, on va s'en sortir quand même.
- Je préférais vous le dire directement, comme ça on est plus à l'aise. De toute façon, je n'aime pas trop les romans!”

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