Sorj Chalandon, lauréat du Prix du Style 2015 | Livres Hebdo

Par Marine Durand, le 24.11.2015 à 16h35 (mis à jour le 24.11.2015 à 18h55) - 1 commentaire Proclamation

Sorj Chalandon, lauréat du Prix du Style 2015

Sorj Chalandon - Photo OLIVIER DION

Le jury du Prix du Style a choisi de couronner Sorj Chalandon pour Profession du père, paru chez Grasset.

Le Prix du Style 2015 a été décerné, mardi 24 novembre, à Sorj Chalandon pour Profession du père, paru au mois d'août chez Grasset. Les treize membres du jury l'ont choisi par 7 voix contre 3 à Didier Castino, sélectionné avec son premier roman Après le silence (Liana Lévi). Le Prix du Style 2015 sera remis mardi soir lors d'une cérémonie organisée au Brand Store BMW de l'avenue George V à Paris. Le lauréat recevra un vélo électrique et un chèque dont le montant est équivalent au nombre de pages de son livre, soit 316 euros.

Dans Profession du père, son septième roman largement inspiré de sa propre enfance, l'auteur raconte le quotidien du jeune Emile Choulans sous la coupe d'un père violent, manipulateur et mythomane. Faisant régner la terreur dans son foyer, le patriarche s'invente tour à tour ceinture noire de judo, médecin ou ami de De Gaulle, puis membre actif de l'OAS.

Dans son avant-critique publiée dans Livres Hebdo en juin, Véronique Rossignol écrit : "On sourit d’abord devant une telle surenchère dans la mythomanie, la vantardise et les délires paranoïaques, devant cette figure d’usurpateur au bord de la caricature. Mais le père n’est pas un doux dingue, avec trench-coat et talkie-walkie, sorti d’un film de Blake Edwards ; c’est un tyran domestique qui exerce une terreur psychologique quotidienne sur l’enfant et sa mère. C’est cette violence-là, celle de la manipulation et du chantage affectif, qui est effrayante."

De son côté, le jury du Prix du Style a salué "le style percutant et captivant d'un livre capable de donner vie à un personnage de littérature digne d'une Folcoche ou d'une Madame Lepic, la mythomanie et la perversion narcissique en plus..."

Longtemps journaliste à Libération puis au Canard enchaîné, Sorj Chalandon a remporté de nombreux prix littéraires, parmi lesquels le Prix Médicis 2006 (Une promesse, Grasset), le Grand prix du roman de l'Académie française 2011 (Retour à Killybegs, Grasset) et le Prix Goncourt des lycéens 2013 (Le Quatrième mur, Grasset).

L'an dernier, le Prix du Style avait été décerné à Olivier Rolin pour Le météorologue (Seuil).

1 commentaire déjà posté

Jean-Claude Thalier - il y a 3 ans à 17 h 57

Des guerres, il y en a de toutes sortes. Des guerres sans nom, oubliées. Des qui durent cent ans mais aussi des guerres éclair. Il y a les froides, les révolutionnaires, les religieuses, les économiques, les maritimes, les psychologiques, les tribales, les idéologiques, les subversives, les ethniques, les aériennes, les diplomatiques. Celles de mouvements, de tranchées, de succession ou de sécession. Souvent de vanités. Les Première et Seconde, les orientales et les occidentales. La Grande guerre, les gué-guerres ou les gay-guerres. La guerre des deux Roses, celle des Boutons. Il y a même, à ce que l’on dit, un art de la guerre et un art français de la guerre. Il y en a qui n’ont pas accédé à un statut parfaitement reconnu et que l’on a sournoisement qualifié d’évènements. Mourir pour un événement c’est moins glorieux que périr à la guerre. Mais revenons à nos moutons. « C’est la guerre ! » a beuglé André Choulans, le dimanche 23 avril 1961, devant sa femme et son fils, Émile dit Picasso. Et d’entraîner sa progéniture sur le théâtre des opérations dont il règle la mise en scène à sa façon. Chaque détail compte: les costumes comme les accessoires. Les seconds rôles enrichissent la fable mais ne font que passer et jouer les utilités dans le huis-clos de l’Histoire revue et corrigée par le sélectif mémorialiste Choulans le Superbe. L’homme central du grand secret universel, le complice de Ted l’américain, parrain invisible d’une odyssée qui n’existe qu’en technicolor. Lourd apprentissage pour un gamin de treize ans, dur de faire - le peut-il d’ailleurs ? - la part des choses face au héros de pacotille, hâbleur et menteur, paranoïaque de série B, schizophrène de haut vol. Ce père tour à tour ex-compagnon de la Chanson, footballeur professionnel, pasteur pentecôtiste, espion, parachutiste, conseiller occulte du « Général » après avoir infiltré la SS pour le compte de la France Libre. Tant pis si les coups pleuvent comme à gravelotte, si les humiliations incessantes le disputent au mépris constant. Tout est ravalé, intériorisé pour servir avec ferveur ce héros auquel on ne saurait échapper dans l’alcôve familiale cadenassée, au cœur de cette « secte minuscule avec son chef et ses disciples, ses codes, ses règlements, ses lois brutales, ses punitions. Un royaume de trois pièces aux volets clos, poussiéreux, aigre et fermé. Un enfer ». Profession du père, c’est le drame quotidien d’une femme soumise et d’un enfant ballottés par les foucades dantesques d’un tyran ordinaire, d’un malade de l’imaginaire. D’un fondu de l’illusion. Et quand fendue sera l’armure, le masque s’écaillera, se délitera pour laisser la mort entrer en scène avec le visage hideux de la peur.

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