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Luigi Guarnieri, depuis La double vie de Vermeer (Actes Sud, 2006), est reconnu comme un virtuose, non pas tant du roman historique que du roman dans l'histoire. Ses intrigues mettent en scène des personnages authentiques, en général célèbres, à un moment donné de leur vie particulièrement intéressant ou important. L'écrivain se glissant dans leurs têtes, leurs peaux et leurs coeurs, afin de reconstituer les événements qu'il lui plaît de raconter. Après la peinture, Guarnieri nous transporte cette fois dans l'univers de la musique classique.
Tout commence ce fatidique 30 septembre 1853, le jour où le jeune Johannes Brahms, pianiste et compositeur novice de 20 ans - mais déjà génial - vient rendre visite au couple Schumann, à Düsseldorf : Robert, compositeur inspiré dont l'oeuvre peine à être reconnue par ses contemporains, et son épouse Clara, pianiste virtuose de réputation internationale qui a renoncé à sa carrière d'exception pour se consacrer à son mari, l'aider dans son chemin vers la gloire, ainsi qu'à leur nombreuse progéniture.
Les Schumann accueillent Brahms à bras ouverts. Le maître admire ses premières oeuvres et essaie de les faire publier chez ses éditeurs. Bientôt, même, Johannes s'installe chez eux, comme un membre de la famille, s'occupant par exemple de distraire les enfants, dont Ludwig, le fils aîné. On comprend vite qu'il ne reste pas insensible au charme de la belle Clara, à qui il apporte, en tout bien tout honneur au début, affection et réconfort.
Car l'état de Robert, qui donnait des signes de troubles psychologiques depuis sa jeunesse, empire. En voulant perfectionner sa technique d'interprétation de Bach - son maître absolu -, il se mutile la main, s'empêchant presque de jouer du piano. Paranoïa, crises de persécution, angoisses, il ne tardera pas à être interné dans un hôpital psychiatrique, interdit de visites pour ses proches, et n'en ressortira plus. Il meurt en 1856.
Durant cette période, et puis longtemps après, Brahms console Clara, leur amour s'épanouissant pour laisser place à une profonde et durable tendresse. Il joue toujours les nounous, essayant d'empêcher Ludwig de sombrer à son tour dans la folie. En vain. Clara, jusqu'à sa mort le 20 mai 1896, assumera comme elle le peut les rigueurs du destin. Quant à Brahms, même s'il connut d'autres amours, il ne se mariera jamais ni n'aura d'enfants.
Après la disparition de son amie, il lui écrit une ultime lettre, qu'il n'envera pas comme les précédentes, où il livre le récit, émouvant et réaliste, de toute cette histoire, triste et romantique, très XIXe siècle.
L'érudition, jamais pesante, et le talent de Luigi Guarnieri font à nouveau merveille. Le roman est brillant, hanté, sous tension permanente. Réinterprété par lui, Brahms devient un homme sensible, attachant. Et non dénué d'humour : un jour qu'il interprète un morceau à quatre mains avec sa dulcinée, ne se compare-t-il pas à "un cochon engagé dans une course-poursuite avec une gazelle" !

