Au départ, un fait historique : la mort d'Albert Einstein le 18 avril 1955, à Princeton (New Jersey), d'une rupture d'anévrisme, et le vol de son cerveau par Thomas Stoltz, un médecin légiste en mal de notoriété qui espérait y trouver les racines du génie.

Une course-poursuite s'ensuit à travers les États-Unis, dont Pierre-Henry Gomont fait littérature. Citations à l'appui (Orwell, Albert Cohen, Spinoza, Melville, Molière, Sophocle, Cervantès, Camus, René Char), il brode à un train d'enfer.

Derrière La fuite du cerveau, il y a d'abord celle de son auteur, peut-être lui-même en quête de la lumière. L'adaptateur inspiré d'un des chefs-d'œuvre d'Antonio Tabucchi (Pereira prétend, Sarbacane, 2016), le subtil portraitiste d'un père manipulateur (Malaterre, Dargaud, 2018) se donne cette fois tout entier à la vitesse.

Graphiquement, inspiré d'un Christophe Blain (Isaac le pirate, Quai d'Orsay...), le dessinateur multiplie les techniques d'accélération des mouvements : corps étirés jusqu'à l'ombre chinoise, actions décomposées sur un groupe de petites cases ou au contraire cumulées en une seule, dialogues resserrés sur un seul dessin, phylactères associés au sein d'un autre plus grand, bruitages évocateurs.

Le scénario est aussi profus, qui voit agents du FBI ou chercheur au rancart tenter de s'approprier la célèbre matière grise au fil de multiples rebondissements. Crâne ouvert, le « Professeur Albert » reste le seul vraiment curieux de savoir ce que son ravisseur découvrira dans son cerveau. Quel génie !

Pierre-Henry Gomont
La fuite du cerveau
DARGAUD
Tirage: 25 000 ex.
Prix: 25 € ; 192 pAGES
ISBN: 9782505083603

Une vie sous Staline

Olga Lavrentieva retrace des moments clés de l'histoire de l'URSS, au ras des souvenirs édifiants de sa grand-mère, née en 1925.

Sourvilo - Photo OLGA LAVRENTIEVA

Tout est sombre dans le travail remarquable d'Olga Lavrentieva. Le trait creuse, comme celui d'un Edmond Baudoin, un sillon qui fait ressortir l'hébétude ou l'anxiété. Il se fait charbonneux jusqu'à la terreur irrépressible, à la mort d'où on ne sait pas revenir. Et à travers les souvenirs de sa grand-mère née en 1925, la dessinatrice de Saint-Pétersbourg, reconnue en Russie, publiée dans une demi-douzaine de pays mais traduite pour la première fois en France, retrace certains des épisodes les plus tragiques de l'histoire russe.

Valentina Vikentyevna Souvrilo a vécu à Leningrad - aujourd'hui Saint-Pétersbourg -, où son père, communiste convaincu, est contremaître au chantier naval. Or en novembre 1937, à l'apogée de la terreur stalinienne, celui-ci est arrêté pour son origine polonaise et disparaît. Ce « malheur » entraîne la perte du logement familial, des conditions de vie misérables, une mise au ban de la société. Valentina, pourtant élève modèle puis excellente comptable, éprouvera toute sa vie des difficultés à trouver du travail.

Par la suite, elle perd mère et sœur et traverse les bombardements et surtout la famine pendant l'interminable siège de Leningrad (septembre 1941-janvier 1944, 1,8 million de morts). Son récit, alors qu'elle est aide-soignante à l'hôpital pénitentiaire, donne lieu aux plus puissantes pages du livre. Valentina traverse la nuit du siècle avec une force de caractère qui forge la singularité de ce nouveau témoignage sur le système soviétique.

Olga Lavrentieva
Sourvilo
ACTES SUD
Tirage: 3 500 ex.
Prix: 28 € ; 320 pages
ISBN: 9782330130138

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités