L’écrivain péruvien Alfredo Bryce Echenique, figure incontournable de la littérature hispanophone contemporaine, est mort le 10 mars à Lima à l’âge de 87 ans. Longtemps considéré comme l’un des grands représentants du roman sud-américain aux côtés de son compatriote et ami Mario Vargas Llosa, il laisse derrière lui une œuvre saluée pour sa virtuosité narrative et sa capacité à interroger la société péruvienne.
Dans un communiqué, les éditions Métailié, qui publiaient l’auteur depuis 1994, rappellent que son œuvre Un Monde pour Julius « demeure l’un des grands romans du XXᵉ siècle latino-américain ». Elles ajoutent : « Avec la disparition d’Alfredo Bryce Echenique, nous perdons un écrivain dont la voix – à la fois ironique, affectueuse et lucide – a profondément marqué les lecteurs. »
Une jeunesse au cœur de la haute société de Lima
Né à Lima le 19 février 1939 dans une famille aisée de la grande bourgeoisie péruvienne, Alfredo Bryce Echenique étudie le droit et les lettres. Sa scolarité se déroule dans des internats anglais à Lima, expérience qui inspirera plus tard Ne m’attendez pas en avril (Métailié, 1997), roman d’apprentissage et satire politique. « Toujours, je partais de la réalité, mais sous un angle auquel les autres ne prêtaient aucune attention. À partir de là, j’inventais et mon entourage me traitait de menteur », expliquera-t-il au Monde en 1999.
Un grand auteur du « post‑boom » latino-américain
Alfredo Bryce Echenique s’installe à Paris en 1964, pour poursuivre ses études, ce qui inspirera les nouvelles du Guide triste de Paris (Métailié, 2003). C’est en Europe qu’il amorce véritablement sa carrière littéraire, publiant en 1968 son premier recueil de nouvelles, Je suis le roi (Luneau Ascot), suivi du roman Julius, publié en France chez Calmann-Lévy en 1974.
Ce dernier, portrait ironique d’un enfant observant les privilèges et hypocrisies de la haute société de Lima, lui vaut le prix du meilleur livre étranger en France et le prix national de littérature au Pérou en 1972. L’ouvrage est salué par des figures majeures comme Gabriel García Márquez et Mario Vargas Llosa pour sa force narrative et son humanisme. Les éditions Métailié rééditent en 2001 Un monde pour Julius (le titre Julius a été modifié), intégrale publiée en 2024 dans la collection semi-poche « Suites ».
Parmi ses livres les plus connus figurent La vie exagérée de Martin Romana, Ne m’attendez pas en avril et Noctambulisme aggravé, ce dernier récompensé par le prix espagnol de littérature narrative en 1998. En 2002, il reçoit le prix Planeta pour Le Verger de mon aimée, confirmant sa place parmi les grandes voix de la littérature hispanophone contemporaine. Il est également l’auteur d’Une infinie tristesse (Métailié, 2015).
Engagement politique
Depuis l’Espagne, où il s’installe en 1984, Alfredo Bryce Echenique intervient régulièrement dans la vie publique péruvienne. Il critique notamment le président Alberto Fujimori, au pouvoir entre 1990 et 2000. Cette opposition se manifeste concrètement en 1995 lorsqu’il refuse de recevoir l’ordre du Soleil, la plus haute distinction honorifique du Pérou.
Malgré cet éloignement critique, l’écrivain reste profondément lié à son pays. En 1999, il retourne vivre à Lima, retrouvant la ville et son ciel, tout en continuant à voyager régulièrement pour donner des conférences et enseigner à l’étranger.
