La biographie des primo-romanciers étant d’ordinaire succincte, on sait seulement de Thibault Malfoy qu’il est né en 1984 et vit à Paris. Critère majeur, vu la thématique et les péripéties de son roman. Mais on aurait bien aimé avoir quelques détails sur ses goûts littéraires. Car tout ceci nourrit les pages de Paris est un rêve érotique.
Un roman doublement triangulaire. Les protagonistes passent leurs vies dans le triangle d’or de la boboïtude branchée : Champs-Elysées, Saint-Germain-des-Prés, 11e arrondissement. Et leurs amours se composent, se décomposent et se recomposent à trois, sur fond de soirées arrosées et de galipettes plus ou moins clandestines. Le narrateur vit avec Zoé une « passion calme ». La jeune femme, après avoir renoncé à une carrière de danseuse, au vif déplaisir de sa mère, est lectrice dans une maison d’édition. Tout en l’accablant de « Dis, tu m’aimes ? », elle concède à son ami quelques plaisirs libertins. Ainsi, pour son anniversaire, l’invite-t-elle dans un cabaret olé olé (« Le cabaret est une seringue à rêves », philosophe-t-il), où il flashe sur l’une des danseuses (dénudées), une certaine Cécilia. Laquelle, à la suite de sa propre mère, exerce le plus vieux métier du monde. Le garçon en perd le sommeil et fait des rêves délirants, qu’il s’empresse d’aller raconter à son onirologue attitrée.
Va s’ensuivre une liaison torride, notre ami étant un érotomane, un fétichiste du corps féminin et de ses accessoires, dessous et chaussures notamment. Avec une escapade secrète sur une péniche, ou encore une teuf dans le loft de Julie et Valentine, place des Vosges, qui s’achèvera en apothéose. Jusqu’à ce que Zoé, qui aurait bien tenté, au début, de pimenter cette histoire d’un zeste de saphisme, reprenne les choses et son bonhomme en mains, au sens propre.
Paris est un rêve érotique, comme son héros, est un roman à la fois séduisant et agaçant. Très bien écrit, tiré à quatre épingles, il oscille entre la perversion mondaine et le snobisme creux, à travers des personnages de trentenaires désœuvrés dont le souci est de savoir avec qui ils vont finir la nuit. Quoique très contemporain, le récit fait penser au XVIIIe siècle, aux Liaisons dangereuses, à Sade (en plus soft), en particulier pour le côté ratiocineur. Le narrateur se regarde le nombril et s’écoute parfois écrire. Fort bien, d’ailleurs. J.-C. P.
