Rentrée littéraire 2021

Ananda Devi, « Le rire des déesses » (Grasset) : L'union fait les femmes

Ananda DEVI - Photo © JF PAGA

Ananda Devi, « Le rire des déesses » (Grasset) : L'union fait les femmes

Ananda Devi nous initie à la vie parmi une bande de prostituées indiennes se battant pour la liberté. Une solidarité sous le signe de la sororité. Tirage à 6000 exemplaires.

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Par Kerenn Elkaim,
Créé le 03.06.2021 à 10h00,
Mis à jour le 03.06.2021 à 17h14

Il existe un univers de « parasites », un « entre-deux » où la vie grouille sous un autre jour. Situé au nord de l'Inde, le quartier particulier de La Ruelle est très prisé par ces messieurs. Ici, toutes les femmes ont fréquenté l'école du pire. Prisonnières de leur destinée précaire, elles ont « échoué là parce que sans cela tu crèves. » En mode survie, elles vendent leur chair en essayant de préserver leur âme. Ces prostituées « sont tellement habituées à lutter, encaisser, se relever, et encaisser encore. » Parmi elles, il y a la douce Bholi qui rêve de s'envoler comme un papillon. Ou encore Sadhana, qui fait partie des « hijras ». Cette trans revendique sa sensualité et sa différence, au sein d'une communauté patriarcale traditionnelle. « Je suis née dans un monde qui me refuse. Nous sommes moitié femmes, moitié divines. » Et dire qu'elle a dû « passer par la morsure du couteau » pour renaître à elle-même. On ne mesure pas les drames unissant ces femmes qui conservent néanmoins leur joie de vivre. C'est là, qu'échoue Veena avec sa petite Chinti car « c'était le seul lieu de chute pour elles toutes et pour elles deux. » Cette « enfant qui était lumière » devient rapidement la coqueluche du quartier. Or sa propre mère est incapable de l'aimer, tant elle l'encombre quand elle est avec ses clients. La fillette est témoin de ses ébats, qu'elle ne comprend pas. Mais « elle regarde, écoute, apprend que chacun des visiteurs dévore sa mère. » Notamment Shivnath, soi-disant homme de Dieu visant les cimes du pouvoir. Tel un vampire, il s'empare de la gamine pour en faire sa déesse personnelle. Le sort de Chinti semble scellé. Elle aussi est vouée à se dévouer à cet homme mal intentionné. C'était compter sans l'armée de La Ruelle qui va unir ses forces d'amour pour sauver la fillette. Dignes des figures héroïques d'Almodóvar, ces guerrières - à la sauce #MeToo - transforment leur destin dramatique en espoir magique et politique. « La tragédie de nos existences, nous la chantons et la dansons. » Un hymne à la vie, dans lequel Ananda Devi renoue avec l'Inde et avec une écriture voluptueuse, soyeuse et mélodieuse. « Vivre, vivre, aujourd'hui et puis demain, et puis peut-être encore demain », voilà une belle philosophie.

Ananda Devi
Le rire des déesses
Grasset
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 20 € ; 240 p.
ISBN: 9782246827146

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