Anne-Laure Aymeric : généraliste et grand public | Livres Hebdo

Par Claude Combet, le 19.05.2017 (mis à jour le 19.05.2017 à 10h40) Entretien

Anne-Laure Aymeric : généraliste et grand public

Anne-Laure Aymeric - Photo OLIVIER DION

La directrice déléguée du pôle Littérature de Place des éditeurs (Belfond, Presses de la Cité, Omnibus, Slalom) depuis 2011 explique sa stratégie au sein de la filiale d’Editis pour défendre ses auteurs et relever les défis du marché de la littérature étrangère.

Anne-Laure Aymeric - C’est un changement dans la continuité. Nous avons à cœur de conserver notre ADN tout en nous appuyant sur une nouvelle génération d’éditrices. Caroline Ast, qui était l’adjointe de Françoise Triffaux, est désormais directrice éditoriale de Belfond domaine étranger tandis que Françoise Triffaux se concentre sur le suivi de grands auteurs et codirige "L’esprit d’ouverture" avec Fabrice Midal. Parallèlement, depuis trois ans, Céline Thoulouze est directrice éditoriale du domaine français de Belfond, et Frédérique Polet directrice éditoriale du domaine étranger des Presses de la Cité. Sophie Lajeunesse dirige Omnibus et le domaine français des Presses de la Cité avec Clarisse Enaudeau, directrice littéraire de "Terres de France". Enfin, nous avons lancé avec Aude Sarrazin, il y a un an et demi, la marque Slalom dédiée à la fiction pour les 8-12 ans.

Du côté de la presse, Brigitte Semler passe le relais de la direction du service de presse Belfond étranger à Diane du Périer, Anaïs Morel arrive, et Sophie Thiebaut dirige toujours le service de presse des Presses de la Cité et Omnibus.

Les ventes en librairie sont moins bonnes en cette année électorale. Mais quand on se donne les moyens et qu’on se focalise sur un auteur, on y arrive. Nous nous mettons collectivement en ordre de bataille pour chacun d’entre eux, depuis l’éditorial, la direction commerciale et marketing de Grégoire Arseguel, en passant par la direction de la communication d’Anne Chamaillard. Notre stratégie a payé. En 2016, nous avons quatre romanciers dans le palmarès du Figaro des plus gros vendeurs. Harlan Coben et Danielle Steel, dont nous fêterons en octobre le centième roman, ont été rejoints par Michel Bussi, qui s’est hissé en trois ans à la 2e place, et Françoise Bourdin, dont les scores du dernier titre dépassent de 30 % ceux du précédent. Le dernier Harlan Coben affiche aussi une hausse de 36 % parce que nous l’avons repositionné, proposé en octobre au lieu de mars, avec une nouvelle ligne graphique en couverture, et parce qu’il a été porté par les séries télévisées. Parallèlement, nous sommes numéro un des ventes numériques du groupe Editis, grâce essentiellement aux best-sellers et aux polars. Jean Arcache, notre président, a été précurseur dans ce domaine et le numérique est intégré par toutes les équipes, depuis l’édition jusqu’au marketing. Nous avons par exemple 300 000 lecteurs abonnés aux newsletters Place des éditeurs.

Structurellement coûteuse à cause de la traduction et des avances de plus en plus élevées, la littérature étrangère accuse une baisse de près de 20 % chaque année depuis 2012, loin des records de 2011, et réalise nombre de ses ventes avec la "new romance". On a du mal à maintenir les auteurs installés et à en implanter de nouveaux : il nous faut déployer davantage d’efforts pour des ventes moindres. Il fut un temps où plusieurs titres dans l’année créaient la surprise, aujourd’hui c’est plus difficile. Ce fut le cas l’an dernier avec Le doute de S. K. Tremayne aux Presses de la Cité, pour lequel les représentants et les libraires, dont Gérard Collard, se sont emballés. Nous comptons ce printemps sur des pépites comme l’Anglaise Catherine Banner, une nouvelle Victoria Hislop, et l’Irlandaise Maggie O’Farrell.

Je pense qu’il existe une nouvelle littérature contemporaine, avec de grandes fictions qui racontent le déracinement et qui ont du souffle. Pour la rentrée, nous sommes très fiers d’annoncer chez Belfond Le sympathisant du Vietnamien Viet Thanh Nguyen, acheté avant qu’il ne reçoive le Pulitzer 2016, et Mosche Goldenhirsch et la grande illusion d’Emanuel Bergmann, un premier roman allemand salué comme une prouesse littéraire. Aux Presses de la Cité, nous proposerons Une histoire des abeilles de Maja Lunde, le "hot book" écologiste de Londres 2015, et Le royaume du crépuscule de Steven Uhly, une œuvre sur la survie et l’identité, qui résonne avec l’actualité. Mais il faudra attendre 2018 pour le prochain grand roman de Murakami chez Belfond.

La littérature française a pris davantage d’importance. Par essence, il y a une réelle proximité avec les écrivains, y compris avec Douglas Kennedy, le plus français de nos auteurs étrangers, et réseaux et salons entretiennent les liens avec les lecteurs. Belfond français fera sa rentrée avec Frédéric Aribit (Le mal des ardents), Xavier-Marie Bonnot (Le dernier violon de Menuhin) et Agnès Michaux (Système).

Parallèlement, de nouvelles formes d’écriture émergent. Céline Thoulouze a lancé le livre à quatre mains avec Vaut-il mieux être toute petite ou abandonné à la naissance ?, paru le 11 mai, un message sur la différence et la résilience signé conjointement par Mimie Mathy et Gilles Legardinier. Chez Slalom, nous avons associé un youtubeur, Frigiel, et un auteur, Nicolas Digard, pour la série Frigiel et Fluffy, une fan-fiction autour de Minecraft, que nous avons vendue en quatre langues. Enfin, nous avons lancé en 2016 Movie star, de la "new romance" écrite par un auteur français, Alex Cartier. L’intérêt de la littérature française est aussi d’en exploiter les droits, poches, clubs, étrangers et audiovisuels, ce que nous faisons avec Alexandra Buchman, responsable des cessions du pôle.

Chaque maison a sa personnalité, sa ligne, et une indépendance de choix que je respecte et que j’encourage. Si elles sont en concurrence sur certains titres, on se concerte. La ligne éditoriale développée par Françoise Triffaux est une littérature de l’exil, des Cendres d’Angela de Frank McCourt à Voici venir les rêveurs d’Imbolo Mbue, aux côtés d’Harlan Coben, de documents forts comme Rescapé du camp 14 et de la collection "L’esprit d’ouverture". Les Presses de la Cité, ancrées dans le polar avec "Sang d’encre", où Richard Price et John Burdett voisinent avec Elizabeth George et Mo Hayder, ont senti le mouvement général de féminisation du lectorat, proposant aussi du thriller psychologique et des histoires de famille. Frédérique Polet développe aussi une veine plus littéraire ancrée dans la grande Histoire avec, notamment, Ayelet Gundar-Goshen.

Le terroir continue de plaire et de se vendre. Peu importe la région, ce qui compte c’est l’ancrage dans le quotidien des gens, et les événements qui leur arrivent comme un changement de vie, un héritage, une transmission. Ce sont des livres qui ressourcent et ont du sens, c’est une littérature porteuse de messages et d’humanité, qui correspond à notre statut d’éditeur populaire et grand public.

La collection "Terres de France", leader du marché, se régénère sans cesse. Tout en s’appuyant sur les piliers comme Christian Laborie ou Françoise Bourdon, elle a fait découvrir de nouveaux auteurs comme l’Allemand Jean-Luc Bannalec [dont les polars sont situés en Bretagne] et attire toujours les écrivains qui viennent ou reviennent comme Yves Viollier, Hortense Dufour, parce que l’esprit de famille est resté.

Nos marques sont généralistes, grand public, très tournées vers le lecteur. Il faut renouveler le lectorat. Le pôle littérature a cette capacité d’aller le chercher et de répondre à ses attentes. Aux côtés d’Hemma, pour les petits, Jean Arcache voulait proposer une offre de fiction pour les 8-12 ans. Slalom a contribué à réinsuffler de l’énergie aux équipes, galvanisées par les 50 000 ventes du premier volume de Frigiel et Fluffy.

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