Liberté d'expression

Plusieurs artistes et militants koweïtiens ont mené une campagne contre la censure sur les réseaux sociaux, en soutien à des marches de protestation qui ont eu lieu les 1er et 15 septembre derniers. Une part de la société s’indigne de la censure appliquée aux livres qui seront présentés à la Foire du livre en novembre, la jugeant "ridicule". "L’ignorance est la seule raison", a déclaré sur Twitter l’écrivaine Bouthaïna al-Issa, nommée en 2013 pour le prix littéraire Sheikh-Zayed.
 
Tous les ouvrages montrés au festival seront scrutés en détails par le gouvernement, qui pourra décider d’en recaler certains. Des classiques de la littérature comme Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez et Notre-Dame de Paris de Victor Hugo sont déjà interdits de publication au Koweït, parmi plus de 4 000 titres censurés ces cinq dernières années.
 
La Commission de censure, chargée de trier "le bon grain de l’ivraie" selon leurs critères, est critiquée par certains activistes qui lui reprochent de céder à la pression des milieux religieux et des conservateurs. Pour la romancière koweïtienne Mays al-Othmane (La verrue, interdit en 2015 parce qu’il évoque le viol), ces mesures de contrôle sont la marque "d’une profonde méconnaissance", puisque la censure se décide sur la base de mots clés et n’épargne pas les ouvrages sur la religion. L’écrivain Aguil Youssef Aidane, lui aussi censuré, estime pour sa part que cette politique "porte atteinte à l’image du Koweït en interdisant des livres parfois pour un seul mot ou une seule image".
 
Mohammed al-Awach, responsable au ministère de l’Information, défend les critères utilisés par la Commission. Il rappelle qu’elle se contente de se conformer à une loi votée en 2006 par le parlement koweïtien qui réprime notamment, dans toute publication, les insultes à l’islam, les menaces à la sécurité nationale, les incitations aux désordres, les actes "immoraux", voire même les "contenus contraires à la bonne conduite", une notion floue dénoncée par l’Union des écrivains koweïtiens.
 
Le Koweït était paradoxalement un fer de lance de la propagation de la culture par la libre diffusion des livres, des années 1970 aux années 1990, grâce à la revue culturelle Al-Arabi. Créée et financée par le gouvernement, cette publication d’idéologie pan-arabique portait une importance particulière à la littérature arabe, et a publié plusieurs auteurs à succès tels que Ishan Habbas (1920-2003) et Yusuf Idris (1927-1991).
 
Mais l’étau s’est resserré autour de la libre diffusion des arts avec la domination des élus conservateurs ou tribaux au parlement. Les parlementaires islamistes pèsent beaucoup dans le débat public dans cette monarchie du Golfe, malgré une opposition libérale de plus en plus vocale. Imane Jahwar Hayat, membre du Mouvement libéral, estime ainsi que "les raisons invoquées pour interdire un livre sont souvent illogiques". Son collègue dans l’opposition Ahmed al-Deine du Mouvement progressiste, abonde : "Atteindre à la religion ou déstabiliser l'économie peuvent être interprétés de différentes manières et il y a une différence entre la pornographie et le fait de parler de sexe."
 
A ce jour, malgré la montée en puissance de la censure, on ne recense aucune poursuite pour vente de livres interdits, précise l’Union des écrivains koweïtiens.

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