Entretien

Aurore Bergé : « Il faut protéger et promouvoir les bibliothèques et les librairies »

Aurore Bergé - Photo DR

Aurore Bergé : « Il faut protéger et promouvoir les bibliothèques et les librairies »

Alors que vont être promulguées deux projets de lois cruciaux pour l’avenir du monde du livre, les lois Darcos et Robert, la député LREM des Yvelines revient pour Livres Hebdo sur leurs mesures phares mais aussi sur deux passes qui agitent le secteur : le pass Culture et le passe sanitaire. 

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Par Pierre Georges ,
Créé le 18.11.2021 à 08h32

Pour quand peut-on espérer la promulgation des décrets de la loi Robert, sur les bibliothèque et le développement de la lecture publique ? Quelle en sera pour vous sa portée ?
D’ici à la fin de l’année, elle devrait être définitivement adoptée et même, on l’espère, promulguée. Il n’y a aucune difficulté dans sa promulgation, nous travaillons main dans la main avec l’opposition. C’est une loi symboliquement très importante. Ce sera la première fois que les bibliothèques, premier service culturel pour les Français, entreront dans le champs de la loi. C’est une reconnaissance par la loi de ce qu’apportent les bibliothèques et les bibliothécaires, mais aussi une consécration d’un certain nombre de principes : l’accès aux livres, la gratuité, les enjeux liés au handicap… Les bibliothèques sont le premier endroit en France où vous pouvez entrer, sans distinction de nationalité ou de statuts, sans que l’on vous demande votre pièce d’identité…

Justement, quelle est votre position sur le passe sanitaire en bibliothèque, alors que les mobilisations et pétitions de bibliothécaire se poursuivent, et que, d’après, l’ABF, 88% des bibliothécaires y sont opposés ?
Je peux comprendre les réticences, évidemment. Notamment dans les établissements ruraux ou associatifs, j’entends bien les contraintes importantes que cela pose. Mais ce sont les mêmes contraintes qu’au cinéma de quartier ou dans les équipements sportifs… Le sujet n’est pas de dire que l’on se contamine plus à la bibliothèque qu’ailleurs. Mais, en pleine reprise épidémique globale, ce n’est malheureusement pas le moment de relâcher les efforts. Il faut que les lecteurs se sentent en sécurité. Le but est d’insuffler de la sécurité dans les lieux culturels, envoyer un message à ceux qui hésiteraient à revenir. Je comprends les bibliothécaires qui ne veulent pas faire le travail de vérification, mais il nous faut être cohérent. Nous avons besoin de faire peser la contrainte sur les non-vaccinés qui nous mettent dans une situation fragile.

Dans le même temps, la loi Darcos sur l’économie du livre est de retour au Sénat. Qu’en attend la majorité présidentielle ?
Clairement, l’idée de base est de lutter contre le dumping de la part des plateformes en ligne. On ne peut pas d’un côté s’émouvoir de la désertification des centre-villes alors que les lieux de culture drainent de l’activité et de l’autre ne pas lutter contre ce dumping qui fait qu’on ne paie pas le bon prix pour un livre. 40 ans après sa mise en place, la protection amenée par la loi Lang est fragilisée par cette fausse gratuité du transport, ce non-sens économique et écologique qui instaure une culture de l’immédiateté et donne le sentiment que les libraires ne sont pas en mesure de donner accès au livre. Cette loi sera une protection supplémentaire et nécessaire.

Quelle importance revêtent ces deux textes de loi pour le gouvernement dans le cadre de la « lecture comme grande cause nationale 2021-2022 » voulue par Emmanuel Macron ?
Ces deux textes viennent renforcer la place du livre dans notre quotidien, et ce que sont les biens culturels de proximité. Ils renforcent les librairies pour leur rôles d’organisateur de rencontres et de débats et les médiathèques qui ont considérablement évolué et sont devenues les premiers tiers-lieux de notre pays… Alors que les études montrent que la place de la lecture décroit, les Français ne doivent pas perdre l’habitude culturelle du livre et de la lecture. Ce sont des outils pour garantir la lecture sur le territoire, en complémentarité du plan bibliothèque lancé en début de quinquennat. Il y a pleins de portes d’entrée à la culture et, si on ne veut pas se retrouver dans quelques années avec des territoires dépeuplés de biens culturels, il nous faut affirmer le rôle des bibliothèques et des librairies, les protéger, les promouvoir.

A quelles autres mesures doit-on s’attendre dans ce cadre ?
Je pousse depuis longtemps la construction de bibliothèques dans 347 quartiers prioritaires. Je reste persuadée qu’il s’agit d’une porte d’entrée idéale et peu intimidante dans la culture et que c’est là qu’il faut investir le plus en matière culturelle. Tout comme dans les bourgs ruraux, où les médiathèques sont le premier lieu social. Mais sans le concours de l’Etat, les communes ne pourraient pas se doter de tels établissements.

Qu’en est-il du pass Culture ? Doit-il encore évoluer ?
C’est un pari qui aujourd’hui fonctionne. 800 000 utilisateurs, c’est un succès. Nous avions besoin d’expérimentations mais je crois que nous avons trouvé une offre qui est satisfaisante. Les effets directs sont bien visibles, les libraires en ont profité, les jeunes ont eu accès aux biens culturels car ils y ont été incités. Et c’est une très bonne nouvelles qu’ils aillent en librairie acheter du manga ! Nous allons continuer à élargir le pass en janvier. L’idée est d’avoir un GPS culturel dans la poche qui indique tout ce qu'on peut avoir ou faire à proximité, sur un panel culturel très large. Nous voulons créer une logique de parcours culturel d’initiation. Nous ne sommes par là pour être prescripteur ou donner des ordres, juste être des référenceurs culturels.

Sur un échelon plus local, quel bilan tirez-vous de l’organisation de votre premier festival littéraire à Rambouillet (Yvelines) en octobre ? D’autres projets sont-ils prévus ?
Je suis fière d’avoir créé un vrai succès populaire en aussi peu de temps, et fière d’avoir su gagner la confiance des artistes présents. C’était un vrai pari de créer un festival de toutes pièces, dans un territoire au patrimoine extrêmement riche mais où il manquait une manifestation littéraire à sa dimension. Une deuxième édition est déjà prévue, bien sûr, et j’espère une troisième, une quatrième, et ainsi de suite !

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