Musique/France 17 octobre Sous la direction de Sébastien Merlet

Bientôt trente ans après la mort de l'homme à la tête de chou, une équipe de journalistes et professionnels de la musique, sous la direction de Sébastien Merlet, a décidé de revisiter et de présenter l'œuvre de Serge Gainsbourg (1928-1991) comme cela n'avait jamais été fait. Chronologiquement, au fil des seize albums studio qu'il a enregistrés, depuis le très jazzy Poinçonneur des lilas (1958), soutenu par son ami de jeunesse Boris Vian, jusqu'au funk rock You're Under Arrest, en 1987, où l'artiste se revendiquait des amours homosexuelles plus ou moins fantasmées (voir sa reprise de Mon légionnaire), sur fond de chœurs androgynes et des cris de jouissance de sa compagne Bambou. Notre homme a toujours affiché un certain mauvais goût, et un sens consommé de la provocation, destinés à choquer le bourgeois, lequel était, au final, sa cible. Car rien de moins « populaire » que l'art de Gainsbourg, au contraire extrêmement travaillé, sophistiqué. Il le savait parfaitement, et l'a dit à plusieurs reprises, comme ici, à la télé, en 1979 : « Quand j'aurai cassé ma pipe, on analysera tout ça et on verra que c'est très structuré. » En effet.

La superbe somme rassemblée et organisée par Sébastien Merlet et ses acolytes le démontre à l'envi, au terme d'une enquête d'une vingtaine d'années des deux côtés de l'Atlantique, afin de rencontrer les témoins de la création de Gainsbourg, musiciens, choristes, producteurs, réalisateurs, techniciens, avec qui il a travaillé. Le Gainsbook est à la fois un musicbook, montrant l'intégrale d'une œuvre, un scrapbook, avec tous ses documents inédits tirés des archives des uns ou des autres, et un guide, destiné à accompagner la réécoute des chansons du Maître, même si celui-ci faisait semblant de ne pas les - ni se - prendre au sérieux. En 1974, sur le sublime Vu de l'extérieur, Gainsbourg, rescapé d'un infarctus, psalmodiait : « Je suis venu te dire que je m'en vais/Comme dit si bien Verlaine, au vent mauvais », peut-être sa plus belle chanson. Il n'a pas changé pour autant ses funestes habitudes : Gainsbarre se bourre et Gainsbourg se barre.

Les auteurs font remarquer que le premier livre consacré à Serge Gainsbourg, signé du journaliste Lucien Rioux, était paru en 1968 dans la collection « Chanson d'aujourd'hui », chez Seghers, qui deviendra « Poésie et chansons ». C'est chez le même éditeur que paraît ce beau Gainsbook, indispensable.

Sous la dir. de sébastien Merlet
Le Gainsbook : en studio avec Serge Gainsbourg - Sous la direction de Sébastien Merlet
Seghers
Tirage: 20 000 ex.
Prix: 42 euros ; 448 p.
ISBN: 9782232129650

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