Librairie indépendante majeure du paysage bisontin depuis plus d’un demi-siècle, Les Sandales d’Empédocle traverse aujourd’hui un moment charnière de son histoire. Depuis le départ, il y a quelques mois, de son dernier dirigeant, Jean-François Tréhant, son avenir est suspendu à l’arrivée d’un nouveau repreneur.
Afin d’éviter une rupture totale, ou pire, la disparition de l’enseigne, l’Adelc (Association pour le développement de la librairie de création), qui l’a toujours accompagnée depuis sa propre création en 1989, est intervenue de manière exceptionnelle pour offrir un cadre provisoire à l’équipe, actuellement composée de cinq libraires.
Une gouvernance temporaire en attendant un repreneur
En août dernier, à l’issue d’une série de candidatures non abouties, la structure a ainsi fait le choix, pour la troisième fois de son histoire, de racheter l’ensemble de la société afin de garantir sa stabilité, le temps d’identifier un repreneur « expérimenté » pour diriger la librairie.
« Si un candidat libraire, sérieux et confirmé, se présente en souhaitant devenir propriétaire, nous lui revendrons la librairie aux mêmes conditions très favorables auxquelles nous l’avons reprise », précise Didier Grevel, délégué général de l’Adelc en charge du dossier. Aujourd’hui placée sous la responsabilité juridique de Sabine Wespieser, vice-présidente de l’Adelc, la librairie est temporairement dirigée par Sylvie Gomez, ancienne dirigeante de la librairie Folies d’encre à Saint-Ouen, mandatée par l’association le temps de trouver un nouveau repreneur ou dirigeant.
L’Adelc, un filet de sécurité d’urgence ?
Créée en 1973 par Claire Grimal, grande figure du secteur qui a notamment soutenu la loi Lang, la librairie Les Sandales d’Empédocle s’est taillé une place dans le paysage bisontin en misant, à ses débuts, sur une identité intellectuelle. En 1989, Claire Grimal cède la boutique, avec le soutien de l’Adelc qui entre au capital, à deux de ses libraires, Marguerite Carrasco et Jean-Marie Aubert
En 1995, la librairie connaît une nouvelle phase de restructuration avec Élisabeth Cerutti, qui s’associe avec Sandrine Boutard et s'entoure d’Anne-Marie Carlier, en charge de la littérature, ainsi que de Catherine Alliot, encore responsable du rayon sciences humaines aujourd’hui. À l’époque, Élisabeth Cerutti prend la décision de trouver un meilleur emplacement et, au printemps 1997, déménage la librairie au 95 Grande Rue.
Des transmissions accompagnées par l'Adelc
S’ouvre alors une période d’années fastes pour l’enseigne qui cohabite alors de façon complémentaire avec Camponovo, enseigne emblématique implantée à Besançon avant elle, mais qui a depuis fermé ses portes. En 2005, Les Sandales s’agrandit en acquérant un deuxième local sur le trottoir d'en face, spécialisé en jeunesse.
La même année, une extension ambitieuse est lancée à Audincourt, petite commune située à près de 80 kilomètres de Besançon. Une habitante lègue sa maison à la mairie, à condition d’y faire installer une librairie. Là encore, Élisabeth Cerutti se positionne et relève le défi de créer une société sœur, Les Sandales d’Audincourt.
« L’Adelc a toujours suivi ces ambitions, mais il est vrai que tout s’est enchaîné très vite. Malheureusement, la librairie a commencé à connaître des tensions économiques », nuance Didier Grevel. Six ans plus tard, la succursale dédiée à la jeunesse ferme finalement ses portes.
S’ouvre ensuite une phase marquée par plusieurs changements de gouvernance. En 2011, Élisabeth Cerutti quitte le navire et transmet le flambeau à Hélène des Ligneris, accompagnée de l'Adelc et de Catherine Alliot, qui accepte d'en assurer la gérance. Deux ans plus tard, un nouvel acteur entre en scène. Romain Mechiet, ex-cadre des librairies Payot en Suisse, prend la relève et, profitant de la fermeture de Camponovo, consolide le chiffre d’affaires des Sandales grâce, notamment, à l’acquisition d’importants marchés publics, portant le chiffre d’affaires à 1,7 million d’euros.
En 2018, il quitte finalement Les Sandales pour reprendre L’Intranquille, librairie de son père, Michel Mechiet, installée trois ans plus tôt à Besançon. Une nouvelle transmission s’opère alors. Jean-François Tréhant, libraire aux Sandales depuis 11 ans, prend la direction de l’enseigne aux côtés de l’auteur Arnaud Friedmann, jusqu’à l’année 2025, où il annonce à l’Adelc vouloir changer de voie.
